www.smlm.org.org Senatus de Montreal Legion de Marie
 

Manuel


Recherche...

Couverture
Table des matières
Abréviations des Livres de la Bible
Abréviations des Documents du Magistère
Pape Jean-Paul II à la Légion de Marie
Note préliminaire
Profil de Frank Duff

Photographies
Frank Duff
L'autel légionnaire
Vexilla

Chapitres
1. Nom et Origine
2. But
3. Esprit de la Légion
4. Le Service légionnaire
5. Les Traits fondamentaux de la Dévotion légionnaire
6. Les Devoirs des légionnaires envers Marie
7. Le Légionnaire et la Sainte Trinité
8. Le Légionnaire et l'Eucharistie
9. Le Légionnaire et le Corps mystique du Christ
10. L'Apostolat de la Légion
11. Plan de la Légion
12. Les Buts extérieurs de la Légion
13. Conditions d'admission
14. Le Praesidium
15. La Promesse légionnaire
16. Autres Degrés d'affiliation
17. Les Âmes des légionnaires défunts
18. Déroulement de la réunion du praesidium
19. La Réunion et le membre
20. Le Système invariable de la Légion
21. Foyer Mystique de Nazareth
22. Les Prières de la Légion
23. Les Prières invariables
24. Les Patrons de la Légion
25. Tableau de la Légion
26. La Tessera
27. Le Vexillum Légionis
28. Gouvernement de la Légion
29. Fidélité légionnaire
30. Rassemblements
31. Extension et recrutement
32. Objections à prévoir
33. Devoirs Fondamentaux des légionnaires
34. Devoirs des Officiers de praesidia
35. Ressources
36. Praesidia qui nécessitent une mention spéciale
37. Suggestions concernant les travaux
38. Les Patriciens
39. Directions Fondamentales pour l'apostolat légionnaire
40. Allez proclamez l'Évangile à toute la création
41. La plus grande d'entre elles, c'est la Charité

Appendices
Appendice 1: Lettres et Messages des Papes
Appendice 2: Extraits de la Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium, du concile Vatican II
Appendice 3: Extraits du Code de droit canonique sur les obligations et les droits des fidèles laïcs du Christ.
Appendice 4: La Légion Romaine
Appendice 5: Confrérie de Marie, Reine des Coeurs
Appendice 6: La Médaille de l'Immaculée Conception appellée la médaille miraculeuse
Appendice 7: La Confrérie du Très Saint Rosaire
Appendice 8: L'enseignement de la doctrine chrétienne
Appendice 9: Association pionnière du Sacré Coeur pour l'abstinence totale
Appendice 10: Étude de la foi
Appendice 11: Synthèse mariale

La prière de St Bernard

Indexes
Index des Références bibliques
Index des Documents du Magistère
Index des Références Papales
Index d'Auteurs et autres Personnes dignes de mention
Index des sujets

Note des références à Notre Seigneur

Poème de Joseph Mary Plunkett


Video documentaire  

  
 Accueil Spiritualite Praesidium Interaction Liens
Chapitre 6

6

LES DEVOIRS DES LÉGIONNAIRES ENVERS MARIE

1. Chaque membre reçoit de la Légion, comme gage de son appartenance, la consigne solennelle d'accroître sa dévotion mariale par la méditation et le souci de faire passer Marie dans sa vie. Cela doit être considéré comme une partie essentielle du service légionnaire, devant passer avant toute autre obligation. (Voir chapitre 5, Les Traits fondamentaux de la Dévotion légionnaire et l'appendice 5, Confrérie de Marie, Reine des Coeurs)

La Légion vise à porter Marie au monde, comme le moyen infaillible de le gagner à Jésus. Il est clair cependant que le légionnaire qui n'a pas Marie dans son coeur ne peut participer à cette oeuvre. Il est coupé du dessein légionnaire. C'est un soldat sans armes, un chaînon brisé, ou pour mieux dire, un bras paralysé, - attaché au corps, il est vrai - mais sans utilité pour l'action.

Le souci de toute armée (et la Légion n'y échappe pas) doit être de lier le soldat au chef, de telle sorte que les plans stratégiques de ce dernier se réalisent harmonieusement dans l'action concertée. L'armée agit comme un tout. C'est à cette fin que converge la machinerie élaborée de l'entrainement et de la discipline. De plus on trouve dans les soldats de toutes les grandes armées de l'histoire un dévouement d'un genre passionné pour leur chef, intensifiant leur union avec lui et leur facilitant les sacrifices que l'exécution de ses plans exigeait d'eux. De ce chef, on peut dire qu'il était l'inspiration et l'âme de ses soldats, ne faisant qu'un seul coeur avec eux. Tout cela décrit bien l'action de son influence et exprime, dans une certaine mesure, une vérité.

Pour dire le mieux cependant, une telle unité n'est que sentimentale ou mécanique. Il n'en est pas ainsi de la relation de l'âme chrétienne avec Marie, sa Mère. Il ne suffit pas de dire que Marie est dans l'âme du légionnaire fidèle. Ce serait alors décrire une union infiniment moins réelle que celle qui existe de fait et que l'Église résume dans les titres qu'elle décerne à Notre-Dame, tels que: " Mère de la divine Grâce" , " Médiatrice de toutes les Grâces" . Ces titres expriment une influence si totale de Marie sur la vie de l'âme, que la plus forte des unions terrestres - celle de la mère et de son enfant avant la naissance - ne saurait en décrire l'intimité. D'autres phénomènes naturels pourraient suggérer quelque idée du rôle de Marie dans les opérations de la grâce. La distribution du sang par les pulsations du coeur, la communication par la vue avec le monde matériel. Comme l'oiseau ne peut, malgré ses battements d'ailes, prendre son vol sans le support de l'air, ainsi, selon l'ordre divinement établi, l'âme ne peut, sans Marie, s'élever vers Dieu ou faire l'oeuvre de Dieu.

Cette dépendance du chrétien envers Marie n'est pas une création de la raison ou des sentiments. Que nous en ayons conscience ou non, elle existe par la volonté même de Dieu. Cependant, nous pouvons et devons la fortifier sans mesure, en y collaborant consciemment. Dans l'intensité de notre union avec celle qui selon saint Bonaventure, est la dispensatrice des mérites acquis par le sang de Notre-Seigneur, résident pour nous des merveilles de sanctification et une source incroyable d'influence sur les âmes. Les âmes réfractaires que l'or simple de l'apostolat serait impuissant à racheter de la captivité du péché, sont libérées - sans exception - lorsque Marie sertit dans cet or les joyaux du Précieux Sang dont elle dispose à son gré.

Que l'on commence par une consécration fervente à la très sainte Vierge, fréquemment renouvelée en quelques mots qui la résument: (par exemple: " Je suis tout à vous, ô ma Reine et ma Mère, et tout ce que j'ai vous appartient" ). La pensée de l'influence, toujours présente de Marie devrait devenir une pratique si méthodique et si vivante, que l'on pourrait dire de l'âme qu'elle " respire autant Marie que le corps respire l'air" . (Saint Louis-Marie de Montfort)

L'âme légionnaire doit s'efforcer de s'identifier, pour ainsi dire à Marie: à la sainte messe, dans la communion, l'adoration du Saint-Sacrement, le chapelet, le chemin de croix et les autres dévotions. Elle doit méditer les mystères de la Rédemption avec Marie, cette âme si suprêmement fidèle, qui les a vécus avec le Sauveur et dans lesquels elle a joué un rôle indispensable.

C'est ainsi que le légionnaire, imitant Marie, la remercie tendrement, se réjouissant et pleurant avec elle, lui donnant ce que Dante appelle " la longue attention et le grand amour" , toujours uni à elle dans ses prières, ses travaux, et les actes de la vie spirituelle s'oubliant lui-même et ses propres ressources pour dépendre totalement d'elle, de sorte que leurs deux âmes n'en font qu'une. C'est ainsi que le légionnaire, perdu dans les profondeurs de l'âme de Marie, partageant sa foi, son humilité, son coeur immaculé (et par conséquent la puissance de sa prière), est rapidement transformé à la ressemblance du Christ, qui est le but de toute vie. D'autre part, dans son légionnaire et par lui, Marie participe à tous les devoirs et prodigue ses soins maternels aux âmes. Ainsi, dans chacun de ses collaborateurs et dans chacun de ceux pour qui le légionnaire travaille, est-ce la personne de Notre-Seigneur qui est vue et servie, mais elle est vue et servie par Marie, avec la même délicatesse d'amour et les mêmes soins maternels qu'elle prodiguait au corps même de son divin Fils.

Quand, de cette manière, ses membres sont devenus des copies vivantes de Marie, la Légion peut se considérer véritablement comme une Légion de Marie, coopérant à sa mission et assurée de sa victoire. Elle portera Marie au monde, et Marie illuminera le monde et bientôt il deviendra tout embrasé.

" Avec Marie, vivez dans la joie; avec Marie, supportez les peines; avec Marie, travaillez; avec Marie, priez; avec Marie, récréez-vous; avec Marie reposez-vous; avec Marie, cherchez Jésus, portez-le dans vos bras. Avec Jésus et Marie, fixez votre demeure à Nazareth. Avec Marie, allez à Jérusalem, restez près de la croix de Jésus, ensevelissez-vous avec Jésus. Avec Jésus et Marie, revenez à la vie, et montez au ciel. Avec Jésus et Marie, vivez et mourez." (Thomas à Kempis, Sermon aux novices)

2. L'IMITATION DE L'HUMILITÉ DE MARIE: FONDEMENT ET INSTRUMENT DE L'ACTION LÉGIONNAIRE

La Légion de Marie s'adresse à ses membres en termes d'armée et de batailles. Cela lui convient bien d'ailleurs, car elle est l'instrument et l'opération visibles de celle qui est comme une armée rangée en bataille, et qui livre un rude combat pour le salut de l'âme de chaque être humain. De plus, l'idée de guerre a beaucoup d'attrait pour les humains. Le fait de se savoir soldats stimulera les légionnaires à s'acquitter de leur tâche avec un sérieux militaire. Mais le combat que livrent les légionnaires n'est pas de ce monde; il doit être livré, selon les tactiques spirituelles. Le feu qui brûle au coeur des vrais légionnaires jaillit seulement des cendres de vertus modestes et désintéressées. Parmi ces vertus, se situe à un rang de choix, l'humilité, que le monde ne comprend pas et méprise. Pourtant, quelle noblesse et quelle force d'âme ne confère-t-elle pas à ceux qui la recherchent et la pratiquent!

Dans le système légionnaire, l'humilité joue un rôle unique. C'est d'abord un instrument essentiel de l'apostolat légionnaire. La Légion insiste fortement sur la nécessité du contact personnel, ce qui exige des légionnaires des manières douces et sans prétention que seule la véritable humilité du coeur peut suggérer. L'humilité cependant est pour la Légion plus qu'un simple instrument de l'action extérieure, elle en est la condition. Sans l'humilité, il ne peut y avoir d'action légionnaire véritable et efficace.

Le Christ, dit saint Thomas d'Aquin, nous a recommandé l'humilité par-dessus tout, parce qu'elle écarte le principal obstacle au salut des hommes. Toutes les autres vertus tirent d'elle leur efficacité. C'est à la seule humilité que Dieu accorde ses faveurs; il les retire quand elle disparaît. C'est à cause de son humilité que Marie a été choisie pour collaborer à l'Incarnation, source de toutes les grâces. Dans le " Magnificat" , Marie proclame que Dieu a déployé en elle la force de son bras, c'est-à-dire qu'il a mis en oeuvre sa toute-puissance en elle. Elle en donne elle-même la raison. C'est son humilité qui a attiré sur elle le regard divin et fait descendre Dieu sur terre, pour mettre fin au monde ancien et inaugurer le nouveau.

Mais comment Marie pouvait-elle être un modèle d'humilité, alors que le trésor de ses perfections était tout à fait incommensurable, touchant en fait aux limites de l'infini, et qu'elle le savait? Elle était humble, parce qu'en même temps elle était consciente d'être plus parfaitement rachetée que tout autre enfant des hommes. Elle devait aux mérites de son Fils les moindres clartés de son inconcevable sainteté, et cette pensée était sans cesse en son esprit. Son intelligence à nulle autre pareille lui faisait bien comprendre qu'ayant reçu de Dieu plus que toute autre créature, elle se sentait beaucoup plus redevable envers lui. De là son attitude d'humilité à la fois exquise, spontanée et indéfectible.

À l'école de Marie, le légionnaire apprendra donc que l'humilité véritable consiste à savoir et à reconnaître en toute simplicité ce que l'on est en réalité aux yeux de Dieu, à comprendre que de soi-même, on n'est que néant. Tout ce qu'il y a de plus en nous est un don gratuit de Dieu: c'est à lui de l'accroître, de le diminuer ou de le retirer complètement, de même que lui seul l'a donné. Le sentiment d'une entière dépendance envers Dieu se manifestera par une préférence marquée pour les emplois modestes et peu enviés, par la facilité à supporter le mépris et les rebuffades, et, d'une façon générale, par une attitude, à l'égard des manifestations de la volonté divine, qui reflète celle de Marie elle-même dans ces paroles: " Je suis la servante du Seigneur" . (Lc l:38)

L'union indispensable du légionnaire et de sa Reine exige non seulement qu'il désire cette union, mais qu'il en possède certaines aptitudes, il ne suffit pas à quelqu'un de vouloir être un bon soldat. Il lui faut posséder les qualités qui en feront un élément efficace de la machine militaire. Si l'union de cet homme avec son général est défectueuse, il peut occasionner l'échec des plans dressés. De même, le légionnaire peut aspirer jouer un grand rôle dans le plan de sa Reine; cependant il peut être inapte à recevoir ce que Marie désire si ardemment lui donner. On peut attribuer l'incapacité d'un simple soldat à un manque de courage, d'intelligence, de santé physique, ou autre déficience. Elle n'est imputable qu'au défaut d'humilité, quand il s'agit du légionnaire. Le but de la Légion, en effet, est la sanctification de ses membres et le rayonnement de leur sainteté dans le monde des âmes. Or, point de sainteté sans humilité. De plus, l'apostolat de la Légion s'exerce avec et par Marie. Or comment lui être uni sans lui ressembler? Il ne peut y avoir beaucoup de ressemblance avec elle, spécialement si la vertu d'humilité manque. Si l'union à Marie est la condition indispensable - la racine pour ainsi dire de l'action légionnaire, alors le sol dont ces racines dépendent, c'est l'humilité. Si le sol est défectueux, la vie légionnaire va dépérir.

Il s'ensuit donc, que le combat de la Légion pour les âmes doit commencer dans le coeur de ses membres. Chacun doit engager la bataille contre lui-même, et maîtriser résolument dans son coeur l'esprit d'orgueil et d'égoïsme. Par contre, ce combat terrible contre les racines du mal en nous, ces efforts constants pour atteindre la pureté d'intention, comme ils sont épuisants! C'est la lutte de toute une vie. En ne comptant que sur ses propres efforts, on s'en va vers l'échec de toute sa vie; car l'orgueil se glisse jusque dans l'action qui vise à le déraciner. À quoi servent les gestes de détresse du malheureux qui se débat dans les sables mouvants? Un appui solide lui est nécessaire.

Légionnaire, votre appui solide, c'est Marie! Appuyez-vous sur elle en toute confiance. Elle ne vous abandonnera pas, car elle est profondément enracinée dans cette humilité, qui vous est essentielle. Dans la pratique fidèle de l'esprit de dépendance envers elle, vous trouverez une voie simple et étendue d'humilité - ce que saint Louis-Marie de Montfort appelle un " secret peu connu de grâce, nous rendant capables en peu de temps et sans trop d'efforts, de nous vider de nous-mêmes, de nous remplir de Dieu et de devenir parfaits" .

L'expérience le prouve: en se tournant vers Marie, le légionnaire doit nécessairement se détourner de lui-même. Marie se saisit de ce mouvement et l'élève; cela devient la mort surnaturelle à soi-même, qui accomplit la loi austère, mais combien efficace, de la vie chrétienne. (Jn 12:24-25) Le talon de l'humble Vierge écrase le serpent du moi aux multiples têtes:-

(a) exaltation de soi; si Marie, tellement riche en perfections que l'Église l'a appelée Miroir de Justice, dotée d'une puissance illimitée dans l'ordre de la grâce, si elle tombe à genoux - la plus humble des servantes du Seigneur - quelles doivent donc être la place et l'attitude du légionnaire;

(b) recherche de soi; s'étant donné à Marie avec tous ses biens spirituels et temporels, pour en faire ce qu'elle veut, le légionnaire continue à la servir dans le même esprit d'entière générosité;

(c) suffisance personnelle; l'habitude de s'appuyer sur Marie, produit inévitablement la défiance chez le légionnaire lorsqu'il est laissé à ses propres forces;

(d) amour-propre; l'idée d'être l'associé de Marie nous fait prendre conscience de notre propre incapacité. Quelle contribution le légionnaire a-t-il apportée dans cette association, sinon ses tristes faiblesses!

(e) égoïsme; qu'est-ce qu'il y a à aimer? Le Légionnaire, absorbé dans l'amour et l'admiration de sa Reine, est peu enclin à se détourner d'elle pour se contempler;

(f) satisfaction de soi; les buts les plus élevés doivent prévaloir dans une union de ce genre. Le légionnaire a soin de se modeler sur Marie et aspire à sa parfaite pureté d'intention;

(g) esprit d'ambition et d'avancement; en pensant comme Marie, on étudie Dieu seul. il n'y a pas de place pour les plans du moi ou la récompense;

(h) volonté propre; complètement soumis à Marie, le légionnaire se méfie des impulsions de ses propres inclinations, et en toutes choses il écoute attentivement les murmures de la grâce.

Dans le légionnaire vraiment oublieux de lui-même, rien ne fait plus obstacle à l'influence maternelle de Marie. Elle développera en lui des énergies et un esprit de sacrifice surnaturels qui feront de lui un bon soldat du Christ. (2 Tm 2:3), apte au service difficile que réclame son engagement.

" C'est sur le néant que Dieu se plait à travailler, c'est du néant que Dieu fait tout. Nous devons être infiniment zélés pour la gloire de Dieu, et en même temps nous croire incapables de la procurer. Enfonçons-nous dans l'abime de notre faiblesse; perdons-nous dans l'obscurité de notre bassesse; en toute tranquillité, laissons à Dieu le soin de nous employer et de tirer sa gloire de nous, comme et quand il lui plaira; il y parviendra par les voies tout opposées à celles que nous pourrions imaginer. Marie est devenue, après Jésus Christ, le plus grand instrument de la gloire de Dieu, et d'elle-même, Marie n'a jamais songé qu'à s'anéantir. Son humilité semblait mettre obstacle aux vues de Dieu sur elle, mais au contraire, elle conduisait tout à leur accomplissement." (Grou: L'intérieur de Jésus et de Marie)

3. LA VÉRITABLE DÉVOTION À MARIE OBLIGE À L'APOSTOLAT

Ailleurs dans ce manuel on a insisté sur le fait que nous ne pouvons pas nous montrer difficiles avec le Christ, c'est-à-dire opter pour le Christ de la gloire sans en même temps accueillir dans nos vies le Christ souffrant et persécuté. Il n'y a qu'un Christ, qui ne peut être divisé. Nous devons le prendre tel qu'il est. Si nous allons à lui en ne cherchant que la paix et le bonheur, nous risquons de découvrir que nous nous sommes cloués à la croix. Les contraires se mêlent, mais ne peuvent être séparés; sans souffrance, pas de palme; sans épines, pas de trône; sans fiel, pas de gloire; sans croix, pas de couronne. Nous tendons la main pour en saisir un, et nous découvrons que nous avons aussi l'autre.

La même loi s'applique évidemment à notre Bienheureuse Dame. Elle ne peut, elle non plus, être divisée en compartiments, parmi lesquels nous pourrions choisir ceux qui nous conviennent. Nous ne pouvons nous unir à elle dans ses joies, sans aussitôt découvrir que nos coeurs sont rivés à ses souffrances.

Si nous désirons, comme saint Jean le disciple bien-aimé, accueillir Marie chez nous (Jn 19:27), ce doit être dans sa totalité. Si nous ne voulons accepter que certains aspects de son être nous nous exposons à ne pas la recevoir du tout. Une authentique dévotion à Marie doit donc tendre à produire fidèlement tous les aspects de sa personnalité et de sa mission. Elle ne doit pas se préoccuper principalement de ce qui est moins important. Par exemple, il est bon de regarder Marie comme le modèle exquis dont nous devons imiter les vertus. Se contenter de cela sans faire davantage, c'est avoir envers Marie une dévotion partielle et vraiment insignifiante. Il ne suffit pas non plus de la prier, même si on la prie beaucoup. Il ne suffit même pas de connaître et de contempler avec joie les innombrables et merveilleuses faveurs dont les trois Personnes divines l'ont comblée, en l'environnant de leur gloire, en édifiant sur elle tous leurs plans et en reflétant en elle leurs propres attributs. Toutes ces marques de respect lui sont dues, certes, et doivent lui être données, mais elles ne sont que des parties de l'ensemble. Une authentique dévotion à Marie n'obtient son plein épanouissement que dans une union, qui vise à la communauté de vie avec elle. Or la vie de Notre-Dame consiste surtout à communiquer la grâce, et non à rechercher l'admiration.

Sa vie entière et sa destinée se résument dans la maternité: celle du Christ d'abord, puis celle des hommes. Comme le remarque saint-Augustin, c'est pour cette mission qu'elle fut préparée et tirée du néant par la sainte Trinité, à la suite d'une éternelle délibération. Le jour de l'Annonciation marque le commencement de ses merveilleuses fonctions, et depuis lors, elle a toujours été la Mère entièrement occupée des soins du foyer. Pendant un certain temps, ses activités ne dépassèrent pas le cadre de Nazareth; mais bientôt sa petite maison s'agrandit aux dimensions du monde, et son Fils étendit son domaine sur l'humanité. Ainsi sa tâche de ménagère se poursuit-elle sans interruption, et rien dans ce Nazareth devenu si grand ne peut s'accomplir sans elle. De fait, les soins qu'on peut donner au Corps du Seigneur, ne sont qu'un supplément aux siens; l'apôtre ne fait que s'associer à ses maternelles occupations. Dans ce sens, Notre-Dame pourrait déclarer: " Je suis l'Apostolat" , presque comme elle a dit: " Je suis l'Immaculée Conception" .

Puisque cette maternité des âmes constitue sa fonction essentielle, sa vie même, il s'ensuit que nous ne pouvons, à moins d'y participer, réaliser une véritable union avec elle. Par conséquent, répétons-le, la vraie dévotion à Marie doit nécessairement comporter le service des âmes. Marie sans sa maternité, et le chrétien sans l'apostolat, seraient des idées analogues. Toutes les deux seraient incomplètes, irréelles, non substantielles et contraires à l'intention divine.

En conséquence, la Légion n'est pas bâtie, comme certains le supposent, sur deux principes, Marie et l'apostolat, mais sur le principe unique de Marie, lequel embrasse l'apostolat et justement comprise, la vie chrétienne tout entière.

Cette participation à l'apostolat de Marie ne doit pas être un vain désir. Les tâches apostoliques, ne descendront pas du ciel sur ceux qui les attendent passivement. Il est plutôt à craindre que ces personnes oisives continueront à l'être. La seule manière efficace de nous offrir comme apôtres est de nous mettre au travail de l'apostolat. Cette démarche faite, Marie se saisit aussitôt de notre action et l'incorpore à sa maternité.

Du reste, Marie ne peut pas remplir sa tâche sans notre collaboration. À qui trouverait cette affirmation exagérée et se demanderait comment l'action de la Vierge si puissante pourrait dépendre de l'aide de personnes aussi faibles que nous, on peut répondre que vraiment tel est le cas. Cela fait partie du plan divin qui exige notre collaboration humaine et qui ne sauve l'homme que par l'homme. Il est vrai que le trésor de grâce de Marie est surabondant, mais elle n'en peut rien tirer sans notre concours. Si elle pouvait se servir de son pouvoir uniquement selon son coeur, le monde serait converti en un clin d'oeil. Mais elle doit attendre que des organismes humains se mettent à sa disposition. S'ils s'y refusent, elle ne peut pas remplir sa fonction maternelle, et les âmes risquent de dépérir et de mourir. Aussi, accueille-t-elle avec empressement tous ceux qui se mettent réellement à sa disposition; elle saura les utiliser tous, qu'ils soient saints et compétents, ou déficients et inaptes. Ils sont tous si nécessaires que personne ne peut craindre d'être rejeté. Même le moindre des apôtres peut communiquer une bonne part de la puissance de Marie; quant aux meilleurs, elle peut manifester par eux sa toute-puissance. Rappelez-vous que si la lumière du soleil traverse avec éclat les carreaux propres d'une fenêtre, elle réussit aussi à se frayer passage à travers une fenêtre sale et poussiéreuse.

" Jésus et Marie ne sont-ils pas le nouvel Adam et la nouvelle Ève, que l'arbre de la Croix a réunis dans la douleur et dans l'amour, pour réparer la faute commise au paradis terrestre par nos premiers parents? Jésus est la source et Marie le canal des grâces qui nous font renaître spirituellement et qui nous aident à reconquérir notre patrie du ciel."

" En même temps que le Seigneur, bénissons celle qu'il a élevée à la dignité de mère de la miséricorde, notre reine, notre mère très aimante, la médiatrice de ses grâces, la dispensatrice de ses trésors. Le Fils de Dieu rend sa mère rayonnante de la gloire, de la majesté, et de la puissance de sa propre Royauté. Parce qu'Elle a été unie au Roi des Martyrs, en tant que sa mère et son auxiliaire, dans l'oeuvre prodigieuse de la Rédemption de l'humanité, elle lui demeure à jamais unie, investie qu'elle est d'un pouvoir pratiquement illimité de distribuer les grâces qui découlent de la Rédemption. Son empire est aussi vaste que celui de son Fils; si vaste que rien ne lui échappe." (Pape Pie XII: discours du 21 avril 1940 et du 13 mai 1945)

4. INTENSITÉ DE L'EFFORT DÉPLOYÉ AU SERVICE DE MARIE

En aucune circonstance, notre esprit de dépendance à l'égard de Marie ne doit servir d'excuse pour le manque d'efforts et le défaut de méthode. C'est le contraire qui devrait se produire. Si nous prétendons travailler avec Marie et lui appartenir entièrement, nous ne pouvons lui donner que ce qu'il y a de mieux, et donc travailler avec énergie, habileté et délicatesse. Il arrive qu'on ait à blâmer certains groupes ou membres qui semblent par trop ménager leurs efforts dans l'accomplissement des tâches ordinaires de la Légion, dans l'extension de celle-ci ou dans son recrutement. Les intéressés répliquent quelquefois: " Je ne me fie pas à mes propres forces. Je compte entièrement sur Notre-Dame pour réaliser le bien à sa façon à elle." Souvent une telle réponse vient de personnes sérieuses, mais qui ont tendance à conférer à leur inactivité une sorte de vertu, et estimer que la méthode et l'effort procèdent du peu de foi. Il y a peut-être aussi un danger d'appliquer les façons de l'agir humain à ces choses et de penser que si quelqu'un n'est que l'instrument d'une puissance immense, le degré exact de l'effort personnel n'est pas de si grande importance. Pourquoi, dira-t-on, un homme pauvre, associé à un millionnaire, s'épuiserait-il pour apporter un sou de plus à une bourse commune déjà surabondante?

Il est nécessaire, par conséquent, de mettre l'accent sur un principe qui doit gouverner l'attitude du légionnaire dans son travail. C'est que les légionnaires ne sont pas de simples instruments de l'action de Marie. Il s'agit d'une vraie collaboration avec elle, dans le but d'enrichir et de racheter les âmes des êtres humains. Dans cette collaboration, chacun supplée à ce qui manque à l'autre. Le légionnaire donne son action et ses facultés; c'est-à-dire tout lui-même; et Marie se donne avec toute sa pureté et sa puissance. Chacun est tenu de contribuer sans réserve. Si le légionnaire fait honneur à sa tâche, Marie ne fera jamais défaut. Ainsi peut-on dire que le sort de l'entreprise dépend entièrement du légionnaire; il doit y apporter toute son intelligence et toute sa force, lesquelles sont rendues plus efficaces par une méthode prudente et par la persévérance.

À supposer même que Marie, indépendamment de l'effort du légionnaire réalise le résultat désiré, cet effort néanmoins doit se déployer dans toute son ampleur, avec autant d'intensité que si tout dépendait de lui. Tout en ayant une confiance sans bornes dans l'aide de Marie, l'effort du légionnaire doit toujours viser au maximum. Sa générosité doit toujours s'élever aussi haut que sa confiance. Ce principe de nécessaire interaction entre une foi sans limite et un effort intense et méthodique s'exprime d'une autre façon chez les saints, quand ils disent que nous devons prier comme si tout dépendait de cette prière, et aucunement de notre effort; et ensuite déployer nos énergies comme si absolument tout dépendait de cet effort.

L'effort fourni ne doit donc pas être mesuré à la difficulté de la tâche, ni le succès marchandé au plus bas prix, c'est-à-dire au moindre effort. Même dans les affaires de ce monde, un tel esprit de calcul et de marchandage conduit constamment à l'insuccès. Dans les affaires surnaturelles, il aboutit à l'échec, parce qu'il perd la grâce nécessaire à leur réussite. Sur ce plan, du reste, on ne peut se fier aux jugements humains. L'apparente impossibilité s'effondre au toucher; tandis que d'autre par les fruits qui sont presque à notre portée, peuvent nous échapper avec persistance, pour enfin être récoltés par quelqu'un d'autre. Dans l'ordre spirituel, l'âme qui calcule sur les efforts à fournir, s'enfoncera dans des mesquineries de plus en plus petites, pour enfin aboutir à la stérilité. Dans chacune des tâches, triviale ou grande, le légionnaire apportera un suprême effort. Il se peut que ce degré d'effort ne soit pas nécessaire. Peut-être qu'un simple soupçon d'effort serait suffisant pour compléter le travail. Dans un tel cas, il serait légitime de donner ce soupçon d'effort, et rien de plus. Comme le dit Byron, on n'a pas besoin de la Massue d'Hercule pour écraser un papillon ou enfoncer le crâne d'un moustique.

Les légionnaires doivent se rendre compte cependant que le but direct de leur activité n'est point d'obtenir des résultats. Ils travaillent pour Marie, sans se soucier de la facilité ou de la difficulté de la tâche. Le légionnaire doit donner le meilleur de lui-même, dans les petites comme dans les grandes choses. Il méritera ainsi que Marie coopère pleinement avec lui, dût-elle s'il y a lieu opérer des miracles. Si quelqu'un est incapable de faire beaucoup, mais qu'il fait ce qu'il peut, de tout son coeur, le légionnaire est encore à un million de milles du succès, Marie comblera cette distance, et assurera une heureuse issue à son travail fait en collaboration.

Le légionnaire consacrerait-il à sa tâche dix fois plus d'intensité qu'il n'en faut pour la parachever, aucune parcelle néanmoins n'en sera perdue car n'est-elle pas offerte à Marie, et au service de son vaste dessein? Marie accueillera avec joie ce surcroît d'efforts, le multipliera en surabondance et l'emploiera à pourvoir aux grandes nécessités de la Maison du Seigneur. Rien n'est perdu de ce qu'on met entre les mains de Marie, cette soigneuse maîtresse de maison de Nazareth.

Par contre, si le concours du légionnaire reste lamentablement inférieur à ce que sa Reine est en droit d'attendre raisonnablement de lui, les mains de Marie seront alors liées et empêchées de donner avec munificence. Par sa négligence, il annule le pacte si prometteur de sa communauté avec Marie. Quelle triste perte pour les âmes et pour le légionnaire lui-même, ainsi abandonné à ses propres ressources!

Il est donc inutile pour le légionnaire de justifier l'insuffisance de ses efforts et la négligence de ses méthodes, en alléguant qu'il compte entièrement sur Marie. C'est mal comprendre la confiance que de s'appuyer sur elle pour reculer devant l'effort normal, ce qui serait de sa part un geste faible et ignoble. Ce faisant, il cherche à charger les épaules de Marie d'un fardeau que ses propres épaules peuvent porter. Quel chevalier d'antan eût jamais songé à servir ainsi sa dame?

Comme si rien n'avait jamais été dit sur le sujet, rappelons à nouveau le principe de base de l'alliance légionnaire avec Marie. Le légionnaire doit donner selon la pleine mesure de ses moyens. La part de Marie ne consiste pas à suppléer à ce qu'il refuse de donner. Il ne conviendrait pas qu'elle lui épargne l'effort, la méthode, la patience, la réflexion qu'il peut fournir, et que le trésor de Dieu est en droit d'attendre de lui.

Marie désire donner à profusion, mais elle ne peut le faire qu'avec les âmes généreuses. Par conséquent, désireuse que ses enfants légionnaires puisent largement à ses inépuisables ressources, elle leur demande instamment avec les paroles de son Fils, de servir sa cause " de toute leur âme, de tout leur esprit et de toute leur force" . (Mc 12:30)

Le légionnaire ne peut attendre de Marie que de compléter, de purifier, de perfectionner, de surnaturaliser le naturel, d'aider le faible effort humain à accomplir ce qui lui est impossible. Mais ce sont là de grandes choses. Elles peuvent signifier que des montagnes seront déracinées et précipitées dans la mer, que la terre sera aplanie et les sentiers redressés, pour faciliter l'accès au Royaume de Dieu.

" Nous sommes tous des serviteurs inutiles, mais nous servons un Maître souverainement économe, qui ne laisse rien perdre, pas plus une seule goutte de nos sueurs qu'une goutte de ses rosées. Je ne sais quel sort attend ce livre; ni s'il s'achèvera, ni si j'atteindrai la fin de cette page qui fuit sous ma plume. Mais j'en sais assez pour y mettre le reste, quel qu'il soit, de mon ardeur et de mes jours." (Frédéric Ozanam)

5. LES LÉGIONNAIRES DEVRAIENT PRATIQUER LA VRAIE DÉVOTION DE SAINT LOUIS-MARIE DE MONTFORT ENVERS MARIE

Il est souhaitable que les légionnaires approfondissent leur dévotion à Marie et lui impriment le caractère qui doit la distinguer, en suivant l'enseignement de saint Louis-Marie de Montfort, exposé sous les titres de " La Vraie Dévotion" ou " L'esclavage de Marie" , et qu'on retrouve dans ses deux livres, La Vraie Dévotion à la Très Sainte Vierge et Le Secret de Marie. (voir appendice 5)

Cette dévotion s'enracine dans un contrat formel, par lequel le dévot donne tout son être à Marie, avec toutes ses pensées, ses actions et ses biens, tant spirituels que temporels, passés, présents et à venir, sans en réserver la moindre parcelle. En un mot, il se met dans une condition équivalente à celle de l'esclave qui ne possède rien en propre. Sous la dépendance totale de Marie, il est à son entière disposition.

Cependant l'esclave terrestre est de beaucoup plus libre que l'esclave de Marie. Le premier demeure maître de ses pensées et de sa vie intérieure, et ainsi il peut être libre au dedans de lui-même, tandis que la remise de soi entre les mains de Marie s'étend à tout: pensées, mouvements de l'âme, richesses cachées, bref, le plus intime de l'être. Tout - jusqu'au dernier souffle - est livré à Marie, pour être utilisé pour la gloire de Dieu. C'est une sorte de martyre, le sacrifice de soi-même à Dieu avec Marie comme autel de ce sacrifice, si conforme à celui du Christ, commencé dans le sein de Marie, confirmé publiquement lors de la présentation au Temple, couvrant tous les instants de sa vie, et s'achevant au Calvaire sur la croix du coeur de Marie.

La Vraie Dévotion débute par un acte formel de consécration, qui doit orienter toute la vie. La Vraie Dévotion doit représenter, non un acte, mais un état. À moins que Marie ne prenne possession de la vie tout entière, et non pas seulement des minutes ou des heures de cette vie, l'acte de consécration - si répété soit-il - n'a que la valeur d'une prière passagère. C'est comme un arbre qui a été planté, mais qui n'a jamais pris racine.

Cela ne veut pas dire que la consécration doive être sans cesse présente à l'esprit. La vie physique est réglée consciente de la respiration et les battements du coeur sans qu'il soit nécessaire d'être conscient de ces opérations. Ainsi en est-il de la Vraie Dévotion. Même si on n'y prête pas une attention actuelle, elle agit continuellement sur la vie de l'âme. Il suffit que l'appartenance à Marie revienne à l'esprit de temps en temps, par une pensée délibérée, ou des oraisons jaculatoires; pourvu que le fait de notre dépendance de Marie demeure en permanence en nous, toujours au moins vaguement présente à notre esprit, et qu'elle soit notre force d'une manière générale, dans toutes les circonstances de notre vie.

Si l'on éprouve en tout cela de la ferveur sensible, cela peut aider. Dans le cas contraire, cela n'affecte pas la valeur de la dévotion. Souvent, cette ferveur sensible fait voir les choses d'une autre couleur, on ne peut s'y fier.

Notez bien ceci: la Vraie Dévotion ne dépend pas de la ferveur ou des émotions de toutes sortes. Il en est d'elle comme des parois des hauts édifices qui parfois brûlent sous le soleil, tandis que les fondations profondes restent froides, comme le roc sur lequel elles reposent.

La raison est ordinairement froide. La meilleure résolution peut être glaciale. La foi elle-même peut avoir la froideur du diamant. Telles sont là cependant les fondations de la Vraie Dévotion. Établie en elles, cette dernière demeurera; et la gelée et la tempête, qui font s'écrouler les montagnes, ne la laisseront que plus forte.

Les grâces qui ont accompagné la pratique de cette Vraie Dévotion, et la place qu'elle s'est acquise dans la vie spirituelle de l'Église, paraissent raisonnablement un message du ciel. C'est bien là ce que déclarait saint Louis-Marie de Montfort. Il y attachait d'immenses promesses, dont il affirmait avec assurance qu'elles se réaliseraient, si l'on était fidèle à remplir les conditions requises.

De fait, ceux qui ont pratiqué sérieusement cette dévotion, font part avec conviction de ce qu'elle a opéré en eux. À qui objecte qu'ils sont victimes de leur sentimentalité ou de leur imagination, ils déclarent qu'il ne s'agit pas de cela, que les résultats obtenus sont trop évidents pour être mis en doute.

Si l'ensemble des expériences de ceux qui enseignent, comprennent et pratiquent la Vraie Dévotion est de quelque valeur, il est hors de doute qu'elle approfondit la vie intérieure et lui imprime un caractère spécial de générosité et de droiture. Ceux qui la pratiquent déclarent unanimement avoir le sentiment d'être guidés et protégés, la certitude joyeuse de mener désormais une vie chrétienne à plein rendement. Ils y acquièrent un regard surnaturel, un courage à toute épreuve et une foi plus ferme qui font d'eux les soutiens de n'importe quelle entreprise. Leur tendresse et leur sagesse savent garder leur force à sa vraie place. Ils ont aussi une douce humilité, protectrice de toutes les vertus. Alors les grâces abondent, qui sont loin d'être ordinaires. Fréquemment, survient un appel à travailler dans une oeuvre importante, manifestement au-dessus de ses mérites et de ses talents naturels. Cet appel apporte avec soi des secours tels, que l'on devient capable de porter sans défaillir ce glorieux mais lourd fardeau. Bref, en échange du magnifique sacrifice que l'on fait dans la Vraie Dévotion, en se livrant volontairement à cette espèce d'esclavage, on obtient le centuple promis à ceux qui se dépouillent d'eux-mêmes pour la plus grande gloire de Dieu. Servir, c'est régner; donner c'est s'enrichir; se livrer, c'est être vainqueurs.

Certaines personnes semblent réduire leur vie spirituelle très simplement à une question égoïste de profits et pertes. Aussi sont-elles déconcertées à l'idée d'abandonner leurs trésors, fût-ce même entre les mains de la Mère de nos âmes. " Si je donne tout à Marie" disent-elles, " ne me présenterai-je pas les mains vides devant mon juge à l'heure de ma mort et obligée de séjourner longuement au purgatoire? " Aucunement, puisque Marie assiste au jugement" . Cette pensée est profonde.

Généralement, l'hésitation devant cette consécration provient moins d'une perspective égoïste que d'une certaine perplexité. On s'inquiète pour l'avenir de ceux qui ont droit à nos prières: la famille, les amis, le pape, la patrie, etc. si l'on fait à Notre-Dame la cession intégrale de tous les trésors spirituels que l'on possède. Rejetons toutes ces craintes et faisons la consécration avec audace. Tout est en sûreté avec Notre-Dame. Elle est la gardienne des trésors de Dieu lui-même. Elle est capable de sauvegarder les intérêts de ceux qui mettent en elle leur confiance. On peut, sans danger, jeter dans son coeur magnanime l'actif et le passif de toute la vie, avec toutes ses obligations et ses devoirs. Elle se comporte avec chacun comme s'il était son seul enfant. Notre salut, notre sanctification, nos multiples besoins sont présents à son esprit d'une manière absolue. Quand nous prions à ses intentions, nous sommes, nous-mêmes, sa première intention.

Au moment d'exhorter au dépouillement, il serait déplacé d'essayer de prouver que ce sacrifice est en réalité une opération lucrative. Ce serait saper les fondements mêmes de l'offrande, et la priver de son caractère de sacrifice qui en fait la valeur. Il suffit de se rappeler qu'un certain jour une foule de dix ou douze mille personnes étaient dans un désert et elles avaient faim. (Jn 6:1-14) Dans toute cette multitude, un seul garçon s'était apporté de la nourriture. Il avait cinq pains et deux poissons. On les lui demanda, pour le bien commun, et il accepta volontiers. Ils furent bénis, rompus et distribués. Cette foule immense fut rassasiée, y compris le généreux donateur; et les restes soigneusement recueillis remplirent douze corbeilles débordantes. Si ce jeune homme avait dit: " Que sont mes pauvres pains et mes deux poissons pour une si grande multitude? D'ailleurs, j'en ai besoin pour les miens qui eux aussi meurent de faim. Je ne puis donc les céder" . Mais non, il donna tout, et lui et les siens reçurent du repas miraculeux beaucoup plus qu'il n'avait apporté. Sans doute aurait-il pu faire valoir ses droits, s'il l'avait désiré, sur le contenu des douze corbeilles.

C'est ainsi que Jésus et Marie se comportent toujours envers l'âme généreuse qui leur abandonne ses biens sans réserve ni conditions. Ces modestes dons suffisent à satisfaire les besoins d'une grande foule. Nos nécessités et nos intentions qui avaient paru en souffrir, sont comblées en surabondance; et les largesses de Dieu demeurent inépuisables.

Hâtons-nous donc vers Marie avec nos pauvres pains et nos poissons. Mettons-les entre ses mains, afin que Jésus et elle les multiplient pour nourrir les millions d'âmes affamées, dans le désert de ce monde.

La consécration n'exige pas qu'on modifie ses prières et ses pratiques habituelles. On peut continuer à employer son temps comme par le passé, et prier pour ses intentions ordinaires, et pour toutes sortes d'intentions particulières. Désormais cependant, on le fait en dépendance du bon plaisir de Marie.

" Marie nous montre son divin Fils, en nous adressant la même invitation qu'aux serviteurs de Cana: 'Tout ce qu'il vous dira, faites-le.' (Jn 2:5) Si, à sa voix, nous versons dans les vases de la charité et du sacrifice l'eau fade des mille détails de nos vies ordinaires, le miracle de Cana se renouvelle. L'eau se change en un vin généreux, c'est-à-dire, en grâces précieuses pour nous et pour autrui." (Cousin)

RG Source
    http://www.smlm.org/manuel/CHAP06.html

© 2002-2017 www.smlm.org Tous droits réservés
Dernière mise à jour Montréal
Version pour
imprimante  Imprimer
Commentaires
Recommander
Menu