www.smlm.org.org Senatus de Montreal Legion de Marie
 

Manuel


Recherche...

Couverture
Table des matières
Abréviations des Livres de la Bible
Abréviations des Documents du Magistère
Pape Jean-Paul II à la Légion de Marie
Note préliminaire
Profil de Frank Duff

Photographies
Frank Duff
L'autel légionnaire
Vexilla

Chapitres
1. Nom et Origine
2. But
3. Esprit de la Légion
4. Le Service légionnaire
5. Les Traits fondamentaux de la Dévotion légionnaire
6. Les Devoirs des légionnaires envers Marie
7. Le Légionnaire et la Sainte Trinité
8. Le Légionnaire et l'Eucharistie
9. Le Légionnaire et le Corps mystique du Christ
10. L'Apostolat de la Légion
11. Plan de la Légion
12. Les Buts extérieurs de la Légion
13. Conditions d'admission
14. Le Praesidium
15. La Promesse légionnaire
16. Autres Degrés d'affiliation
17. Les Âmes des légionnaires défunts
18. Déroulement de la réunion du praesidium
19. La Réunion et le membre
20. Le Système invariable de la Légion
21. Foyer Mystique de Nazareth
22. Les Prières de la Légion
23. Les Prières invariables
24. Les Patrons de la Légion
25. Tableau de la Légion
26. La Tessera
27. Le Vexillum Légionis
28. Gouvernement de la Légion
29. Fidélité légionnaire
30. Rassemblements
31. Extension et recrutement
32. Objections à prévoir
33. Devoirs Fondamentaux des légionnaires
34. Devoirs des Officiers de praesidia
35. Ressources
36. Praesidia qui nécessitent une mention spéciale
37. Suggestions concernant les travaux
38. Les Patriciens
39. Directions Fondamentales pour l'apostolat légionnaire
40. Allez proclamez l'Évangile à toute la création
41. La plus grande d'entre elles, c'est la Charité

Appendices
Appendice 1: Lettres et Messages des Papes
Appendice 2: Extraits de la Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium, du concile Vatican II
Appendice 3: Extraits du Code de droit canonique sur les obligations et les droits des fidèles laïcs du Christ.
Appendice 4: La Légion Romaine
Appendice 5: Confrérie de Marie, Reine des Coeurs
Appendice 6: La Médaille de l'Immaculée Conception appellée la médaille miraculeuse
Appendice 7: La Confrérie du Très Saint Rosaire
Appendice 8: L'enseignement de la doctrine chrétienne
Appendice 9: Association pionnière du Sacré Coeur pour l'abstinence totale
Appendice 10: Étude de la foi
Appendice 11: Synthèse mariale

La prière de St Bernard

Indexes
Index des Références bibliques
Index des Documents du Magistère
Index des Références Papales
Index d'Auteurs et autres Personnes dignes de mention
Index des sujets

Note des références à Notre Seigneur

Poème de Joseph Mary Plunkett


Video documentaire  

  
 Accueil Spiritualite Praesidium Interaction Liens
Chapitre 39

39

DIRECTIONS FONDAMENTALES POUR L'APOSTOLAT LÉGIONNAIRE

1. ON N'A D'ACCÈS AUX ÂMES QUE PAR MARIE

On relègue parfois Marie à l'arrière-plan pour ne pas heurter les préjugés de ceux qui font peu de cas d'elle. Cette façon de rendre plus acceptable la doctrine catholique peut s'accorder avec le raisonnement humain. Elle ne reflète pas la pensée divine. Ceux qui agissent ainsi ne se rendent pas compte qu'ils pourraient aussi bien prêcher le christianisme sans Jésus Christ que d'ignorer la part de Marie dans la rédemption. Car Dieu lui-même a jugé bon de décider que nulle prévision, ou venue, ou don, ou manifestation de Jésus n'aurait lieu sans Marie.

Dès l'origine et avant la création du monde, elle était dans la pensée de Dieu. -- C'est Dieu lui-même qui le premier a parlé d'elle et a esquissé pour elle une destinée incontestablement unique. Toute sa grandeur, en effet, a ses racines dans un passé très lointain. Elle commença avant la création du monde. Dès le début, la pensée de Marie était présente au Père, en même temps que celle du Rédempteur, à la destinée duquel la sienne était liée. Dès l'origine par conséquent Dieu répondait à celui qui doute en disant: " Quel besoin Dieu peut-il avoir du concours de Marie?" Certes, il aurait pu se passer d'elle, tout à fait, comme il aurait pu se passer de Jésus lui-même. Mais le plan qu'il lui a plu d'adopter incluait Marie. Ce plan la plaçait aux côtés du Rédempteur dès l'instant où le Rédempteur lui-même fut décrété. Ce plan alla plus loin; il lui assigna une part non moindre que celle de Mère du Rédempteur, et par une conséquence rigoureuse, elle devint la Mère de tous ceux qui étaient unis au Rédempteur.

Ainsi, de toute éternité, Marie était exaltée, unique parmi les créatures, surpassant incomparablement les plus sublimes parmi elles, différente dans la pensée divine, aussi bien que dans la préparation qu'elle reçut; et par conséquent convenablement distinguée de toutes les autres dans la première prophétie de la rédemption adressée à Satan: " Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon." (Gn 3:15) Ici Dieu lui-même résume la rédemption. De manière bien déterminée, Marie doit occuper un rang qui n'appartient qu'à elle. Même avant sa naissance, et toujours après, elle était et elle sera l'ennemie de Satan, au-dessous du Sauveur, mais à côté de lui, comme une aide qui lui soit assortie. (Gn 2.l8), et éloignée de tous les autres. Aucun prophète -- pas même le Baptiste -- n'a eu ainsi un tel rapport avec lui, aucun roi, aucun apôtre, ni évangéliste == en incluant Pierre et Paul eux-mêmes, ni les plus grands des papes, des pasteurs et des docteurs; aucun saint, ni David, ni Salomon, ni Moïse, ni Abraham. Aucun d'eux! Seule, parmi toutes les créatures qui pourront naître, Dieu l'a désignée pour être la Coopératrice du Salut.

Des prophéties claires et sans équivoque. -- Les prophéties se succèdent: " La vierge" , " la Vierge et l'Enfant" , " la Femme" , la " Femme et Enfant" , " la Reine assise à la droite du Roi" , l'assurance qui revient sans cesse qu'une femme sera un élément principal de notre salut. Quelle sorte d'avenir est-ce que ceci nous prédit d'elle? Les paroles les plus sublimes qu'on peut dire d'elle ne sont-elles pas comme une conséquence logique des prophéties? Il nous est sans doute difficile de mesurer la valeur écrasante et décisive de la portée de la prophétie en ce qui concerne la place de Marie dans la religion chrétienne. Une prophétie c'est une ombre d'un événement à venir, c'est un regard qui perce le temps au lieu de l'espace, c'est la pâle esquisse d'un horizon lointain. Elle est donc forcément moins vivante, moins claire, moins réelle que la réalité qu'elle annonce. Forcément aussi cependant, elle doit garder avec cette réalité une harmonieuse proportion. Une prophétie décrivant la rédemption comme l'oeuvre commune d'une Femme et de son Enfant (et de nul autre que ces deux-là) écrasant la tête de satan, cette prophétie serait totalement incohérente face à une rédemption réelle qui reléguerait la Femme dans l'obscurité. Donc, si la prophétie est authentique et que le Salut est une application de toute la vie de l'Incarnation et de la mort de Jésus Christ dans le tissu de l'âme humaine (et la Sainte Église et la Sainte Écriture le déclarent conjointement), alors dans l'économie chrétienne Marie doit être trouvée avec Jésus, inséparable de lui dans son oeuvre de salut, la Nouvelle Ève, dépendante de lui mais qui lui est nécessaire -- de fait nulle autre que la Médiatrice de toutes les grâces, comme l'Église catholique résume son oeuvre de grâce. Si ce que la prophétie avait entrevu vient vraiment de la cité de Dieu, alors ceux qui minimisent Marie y sont étrangers.

L'Annonciation présente également sa position clé. -- Le point culminant des prophéties arrive; la réalisation de sa destinée d'avant les siècles est toute proche.

Considérez le grandiose accomplissement du dessein miséricordieux de Dieu. Assistez en esprit à la plus grande Conférence de Paix qui ait jamais eu lieu. C'est une Conférence de Paix entre Dieu et l'humanité et elle se nomme l'Annonciation. Dans cette Conférence, Dieu s'est fait représenter par un de ses Anges supérieurs, et l'humanité était représentée par celle dont la Légion a le privilège de porter le nom. Elle n'était qu'une jeune fille et cependant, en ce jour, le sort de toute l'humanité était entre ses mains. L'ange se présenta chargé d'un message d'une importance inouïe. Il lui proposa l'Incarnation. Ce n'était pas simplement une annonce qu'il lui faisait. Il ne violait pas sa liberté de choix; c'est ainsi que pour un peu de temps, le sort de l'humanité se joua sur la balance. La Rédemption était le désir ardent de Dieu. Mais en ceci, comme en toutes choses moindres, il ne voulait point forcer la volonté de l'homme. Il offrait ce don inestimable, mais il laissait à l'homme la liberté de l'accepter, et l'homme avait la liberté de le refuser. Il était venu le moment que toutes les générations avaient attendu avec ardeur, exactement comme toutes les générations depuis lors se rappellent. C'était le moment le plus critique de tous les siècles. Il y eut une pause. La jeune fille n'accepta pas d'emblée; elle posa une question, et la réponse lui fut donnée. Il y eut une autre pause, et alors elle prononça ces paroles: " Qu'il m'advienne selon ta parole." (Lc 1:38), ces paroles qui firent descendre Dieu sur la terre et qui signèrent le grand Pacte de Paix de l'humanité.

Dieu le Père fit dépendre d'elle la Rédemption. -- Combien peu de gens se rendent compte de toutes les conséquences de ce consentement de Marie. Même les catholiques en général ne se font pas une idée juste de l'importance du rôle que Marie a joué. Voici ce que disent les Docteurs de l'Église: " À supposer que la jeune fille eût refusé l'offre de maternité qui lui était faite, la seconde Personne divine n'aurait pas pris chair en elle. Comme elle est solennelle cette chose! Qu'il est terrible de penser que Dieu a fait dépendre la venue du Rédempteur du 'Qu'il m'advienne' (Lc 1:38) de la servante de Nazareth; que cette parole soit la fin de l'ancien monde, le commencement du nouveau, l'accomplissement de toutes les prophéties, le tournant de tous les temps, la première lueur de l'étoile du matin annonçant le lever du soleil de justice, lequel autant que le pouvait un vouloir humain, forma le lien qui fit descendre le Ciel sur terre et éleva l'humanité jusqu'à Dieu!" (Hettinger). Quelle chose solennelle en effet! Cela signifie que Marie était la seule espérance de l'humanité. Mais le sort des hommes était en sûreté entre ses mains. Elle donna ce consentement. Bien que nous ne puissions pas pleinement le comprendre, le simple bon sens nous dit néanmoins que ce dut être l'acte le plus héroïque jamais accompli dans le monde -- un acte tel qu'au cours des âges nulle autre créature n'aurait pu accomplir. Alors, le Rédempteur vint à elle; et non seulement pour elle, mais par elle à notre pauvre humanité, en faveur de qui elle parlait. Avec lui, elle nous apportait tout ce que la foi signifie, et la foi est la vraie vie des hommes. Rien d'autre ne compte. Tout le reste doit être abandonné pour elle. On ne doit reculer devant aucun sacrifice. C'est la seule chose en ce monde qui a de la valeur. Considérez, par conséquent, que la foi de toutes les générations: celles qui sont passées jusqu'à celles du présent, et les innombrables millions qui sont encore à venir: la foi de toutes dépend des paroles de cette jeune fille.

Pas de vrai christianisme sans Marie. -- En reconnaissance pour ce don infini toutes les générations doivent désormais appeler; cette jeune fille bienheureuse. À celle qui a apporté le christianisme sur terre, on ne peut refuser une place dans le culte chrétien. Mais qu'en est-il des nombreuses personnes dans le monde qui font peu de cas d'elle, qui la dédaignent, ou qui font pire encore? Est-ce qu'il n'arrive jamais à ces personnes de penser que chaque grâce qu'elles reçoivent, elles la lui doivent? Leur arrive-t-il jamais de réfléchir sur le fait que s'ils avaient été exclus de ses paroles de consentement cette nuit-là, alors la Rédemption ne serait jamais venue sur terre pour elles? À supposer cela, ces gens seraient hors de son champ d'action. En d'autres mots, ils ne seraient pas chrétiens du tout, même s'ils criaient: " Seigneur! Seigneur!" toute la journée et tous les jours. (Mt 7:21) D'autre part, s'ils sont vraiment chrétiens, et si le don de la vie leur est venu, alors il leur a été donné seulement parce qu'elle l'a mérité pour eux, parce qu'ils étaient inclus dans son consentement. En un mot, le baptême qui nous fait enfants de Dieu nous fait en même temps enfants de Marie.

La reconnaissance, par conséquent -- une reconnaissance effective -- envers Marie, doit être la marque de tout chrétien. La Rédemption est le don fait en commun par le Père et par Marie. Nos remerciements doivent donc s'adresser au Père et à Marie.

On trouve toujours le Fils avec sa Mère. -- C'était la volonté de Dieu que le règne de la grâce ne soit pas inauguré sans Marie. Il lui plaisait également que les choses continuent absolument de la même manière. Quand il désira préparer saint Jean le Baptiste à sa mission de précurseur, il le sanctifia par la visite charitable de sa Bienheureuse Mère à la Visitation. Dans la nuit du premier Noël, ceux qui refusèrent l'hospitalité à Marie, le refusèrent, lui. Ils ne se rendaient pas compte qu'avec elle, ils refusaient celui qu'ils attendaient. Quand les bergers, représentants du peuple élu trouvèrent le Désiré de toutes les Nations, ils le trouvèrent avec elle. S'ils s'étaient détournés d'elle, ils ne l'auraient pas trouvé lui. À l'Épiphanie, les races du monde de la Gentilité ont été accueillies par Notre Seigneur dans les personnes des trois Rois, mais ceux-ci ne l'ont trouvé que parce qu'ils avaient d'abord trouvé Marie. S'ils avaient refusé de s'approcher de Marie, ils n'auraient pu arriver jusqu'à lui.

Ce qui avait été accompli en secret à Nazareth devait être confirmé ouvertement au Temple. Jésus s'offrit lui-même au Père, mais ce fut dans les bras et par les mains de sa Mère. Car ce petit enfant appartenait à sa Mère; sans elle, la Présentation ne pouvait avoir lieu.

Poursuivons, et l'on apprend des Pères de l'Église que Notre Seigneur n'entra pas dans sa vie publique sans le consentement de sa Mère. Également, c'est sur sa demande à Cana en Galilée que Jésus inaugura les signes, les prodiges et les actes de puissance par lesquels ils donnait des preuves de sa mission.

Homme pour homme: Femme pour femme: Arbre pour arbre. -- Quand se déroula sur le Calvaire le dernier acte du drame terrible de la Rédemption, Jésus était suspendu sur l'arbre de la croix, et Marie Sa Mère se tenait debout tout près, non seulement à cause de sa tendresse de Mère, ni par quelque circonstance fortuite, mais précisément au même titre qui avait motivé sa présence à l'Incarnation. Elle était là pour représenter toute l'humanité, ratifiant l'offrande qu'elle faisait de son Fils pour les hommes. Notre Seigneur ne s'offrit pas au Père sans son assentiment et son offrande faites au nom de tous ses enfants; la Croix devait être leur Sacrifice et son Sacrifice. " Car aussi véritablement qu'elle souffrit et qu'elle mourut presque avec son Fils livré à la souffrance" -- ce sont les paroles du pape Benoît XV -- " aussi véritablement renonça - t-elle en vue de notre salut, aux droits maternels qu'elle avait sur son Fils, et elle l'immola autant qu'il était en son pouvoir, pour apaiser la justice de Dieu. Aussi peut-on légitimement dire qu'avec le Christ elle a racheté la race humaine."

Le Saint-Esprit agit toujours avec Marie. -- Allons un peu plus loin, à la fête de la Pentecôte -- cet événement formidable qui lança l'Église dans sa mission. Marie était présente. C'est à sa prière que le Saint-Esprit descendit sur le Corps mystique et vint demeurer en lui dans toute sa " grandeur, sa force, sa splendeur, sa durée et sa gloire." (1 Ch 29:11) Marie accomplit de nouveau à l'égard du Corps mystique du Christ toutes les fonctions qu'elle remplissait envers son Corps physique. Cette loi s'applique à la Pentecôte, qui était comme une sorte de nouvelle Épiphanie. Elle est nécessaire pour l'une comme elle le fut pour l'autre. Et il en sera ainsi dans toutes les choses divines jusqu'à la fin: si Marie est mise de côté, on s'écarte du Plan de Dieu, quels que puissent être les prières, les travaux, les efforts. Si Marie n'est pas présente, la grâce n'est pas donnée. 'est là une pensée accablante. Elle peut provoquer cette question: " Ceux qui ignorent Marie ou qui l'insultent, ne reçoivent-ils aucune grâce? Si, ils en reçoivent, car le fait de ne pas reconnaître Marie peut être excusé en raison d'une complète ignorance. Mais quel triste titre pour le Ciel! et quelle façon de traiter celle qui nous vient en aide! De plus, les grâces qui nous viennent en de telles circonstances ne sont qu'une fraction de celles qui devraient abonder, et ainsi le travail de toute une vie est en partie un échec.

Quelle place assigner à Marie? -- Certains peuvent s'alarmer et dire que c'est un affront fait à Dieu d'attribuer un tel pouvoir universel à une simple créature. Mais s'il a plu à Dieu de faire qu'il en soit ainsi, comment y voir une injure à sa dignité? Comme il serait stupide de dire que les lois de la pesanteur portent atteinte à la puissance de Dieu! Ces lois de la pesanteur viennent de Dieu, et elles accomplissent ses desseins partout dans la nature. Pourquoi devrait-on penser que c'est un manque de respect envers Dieu que d'en attribuer autant à Marie dans l'univers de la Grâce? Si les lois que Dieu a faites pour la nature proclament sa puissance, pourquoi la loi qu'il a établie pour Marie pourrait-elle faire autre chose que de manifester sa bonté et sa toute-puissance?

Cependant même si l'on concède qu'une reconnaissance est due à Marie, il reste encore à savoir de quelle manière la lui manifester et dans quelle proportion. " Comment" -- diront certains -- " vais-je proportionner la prière à Marie et la prière aux Personnes divines ou aux saints? Quelle quantité exacte -- ni trop ni trop peu -- dois-je lui offrir?" D'autres iront plus loin et leur objection se présentera ainsi: " Est-ce que je ne me détournerais pas de Dieu si j'adressais mes prières à Marie?"

Tous ces degrés du doute proviennent de l'application de critères humains aux choses célestes. De telles personnes pensent au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et à Marie et aux saints, comme s'ils étaient autant de statues, si bien qu'on ne puisse se tourner vers l'un d'eux sans se détourner des autres. De multiples exemples pourraient être employés pour aider à mieux comprendre la situation réelle. Il est étrange de le dire, mais la solution la plus simple et en même temps la plus sainte se trouve dans cette maxime: " Il faut en vérité, tout donner à Dieu, mais le donner tout entier avec Marie." On constatera que cette dévotion apparemment exagérée envers elle est libre des perplexités de la mesure et du dosage.

Toutes nos actions doivent ratifier le Fiat de Marie. -- Cette façon d'agir trouve sa justification dans l'Annonciation. À ce moment-là, toute l'humanité était unie à Marie, qui la représentait. Ses paroles incluaient les paroles de tous les êtres humains, et en un sens elle les incluait. Dieu les contemplait en elle. Or, la vie quotidienne d'un chrétien n'est rien d'autre que la formation de Notre Seigneur dans ce membre du Corps mystique. Cette formation ne se fait pas sans Marie. C'est un prolongement et une partie de l'Incarnation originelle de telle sorte que Marie est réellement la Mère du chrétien tout comme elle l'est du Christ. Son consentement et ses soins maternels sont tout aussi nécessaires à la croissance quotidienne du Christ dans chaque âme, qu'ils le furent quand ce dernier prit chair. Qu'est-ce que tout ceci implique pour le chrétien? Cela implique beaucoup de choses importantes, dont en voici une: il doit délibérément et de tout coeur reconnaître Marie comme sa représentante dans l'offrande du sacrifice, commencée à l'Annonciation et complétée sur la croix, qui a mérité la Rédemption. Il doit ratifier les choses qu'elle a faites en son nom, pour qu'il puisse jouir, sans honte et dans leur plénitude des bienfaits infinis qui lui ont été ainsi apportés. Et cette ratification: de quelle nature doit-elle être? Un seul acte répété de notre part serait-il suffisant? Répondez à cette question à la lumière du fait que c'est par Marie que chacun des actes de notre vie est devenu l'acte d'un chrétien. N'est-il pas raisonnable et à propos que de la même façon, chacun de nos actes porte un cachet de remerciements et de reconnaissance envers elle? Ainsi la réponse est la même que celle qui a été déjà donnée: " Vous devez tout lui donner."

Glorifier le Seigneur avec Marie. -- Qu'elle soit présente à votre esprit, au moins quelque peu en tout temps. Unissez vos intentions et votre volonté aux siennes, de façon que chaque action de la journée, chacune de vos prières soient faites avec elle, elle ne devrait être laissée en dehors de rien. Que vous adressiez vos prières au Père, ou au Fils, ou au Saint-Esprit, ou à quelque saint, que ce soit toujours avec Marie. Elle répète les mots avec vous. Ses lèvres et les vôtres forment les mots ensemble, et en toute chose, elle a un rôle. Elle est ainsi beaucoup plus qu'à vos côtés. Elle est, pour ainsi dire, en vous; votre vie, c'est vous et elle ensemble donnant à Dieu tout ce que vous possédez conjointement.

Cette forme de dévotion à Marie, qui englobe tout, reconnaît libéralement le rôle qu'elle a joué autrefois et qu'elle ne cesse de jouer encore dans l'oeuvre du salut. C'est aussi la dévotion la plus facile envers elle. Elle résout les doutes de ceux qui disent: " Combien?" et de ceux qui craignent de peur qu'en lui donnant, on enlève quelque chose à Dieu. Même des catholiques peuvent dire: " C'est excessif." Cependant, qu'est-ce qui en cela offense la droite raison? Et en quoi cette dévotion nie-t-elle au Tout-Puissant ce qui lui est dû? Cette dernière faute est imputable à ceux qui se disent jaloux de la dignité de Dieu, tout en refusant de se conformer au plan qu'il a établi; qui disent tenir les Écritures comme la parole sacrée de Dieu et qui cependant n'écoutent pas les versets qui chantent les grandes choses qu'il a faites pour elle, et toutes les générations la diront bienheureuse. (Lc 1:48-49)

À tous ceux qui doutent, il vaut mieux parler dans les termes de cette dévotion riche et pleine. Du reste, comment les légionnaires peuvent-ils parler d'elle en d'autres termes? La minimiser et la réduire, c'est faire d'elle un mystère. Si Marie n'est qu'une ombre ou une idée sentimentale, alors, mais certainement pas les catholiques, ceux qui la traitent avec légèreté sont justifiés. D'autre part, l'affirmation de la plénitude de ses titres et de son rôle essentiel dans la vie chrétienne contient un défi que ne peuvent manquer de relever les coeurs dans lesquels règne la grâce.

Alors, un calme examen du rôle de Marie amènera ces personnes à ses pieds.

Le but de la Légion est de refléter Marie. Si la Légion est fidèle à cet idéal, elle participera au don suprême de Marie qui est d'illuminer les coeurs qui sont dans les ténèbres de l'incrédulité.

" L'illustre maître de Thomas d'Aquin, Albert le Grand, a un mot charmant dans un commentaire de la page de l'Évangile traitant de l'Annonciation, qui, traduit librement, dit que le Fils de Marie porte à l'infini l'excellence de sa Mère, parce qu'existe aussi dans l'arbre qui produit le fruit une partie de cette perfection infinie qui appartient en propre au fruit.

En pratique, l'Église catholique regarde Marie comme étant une puissance illimitée dans le royaume de la grâce. On la considère comme la Mère des rachetés, à cause de l'universalité de sa grâce. En vertu de sa maternité divine, Marie est simplement la puissance surnaturelle la plus étendue, la plus efficace, la plus universelle au ciel et sur la terre, en dehors des trois Personnes divines." (Vonier: La Maternité divine)

2. IL FAUT USER D'UNE PATIENCE ET D'UNE DOUCEUR INFINIES ENVERS UNE ÂME QUI EST HORS DE PRIX

La mission légionnaire doit bannir toute marque de sévérité. Les qualités essentielles au succès, et surtout quand on a affaire aux déchus et aux pécheurs, sont celles de la sympathie et d'une douceur inaltérables. Fréquemment dans la vie courante, nous nous persuadons que des cas particuliers méritent une réprimande ou une parole mordante, et nous employons ces mots, et plus tard nous les regrettons. Il se peut qu'une erreur ait été commise dans chaque cas. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous rappeler à temps que c'est pour avoir été rudoyé -- sans doute était-ce bien mérité -- qu'ont augmenté la dureté et la perversité dont nous nous plaignons. La fleur qui aurait pu éclore sous l'influence de la chaleureuse douceur et de la compassion, s'est refermée hermétiquement sous un air plus froid. Par contre, l'air de sympathie que le bon légionnaire apporte avec lui, l'écoute à laquelle il se prête volontiers, pour entrer de tout coeur dans le cas qui lui est soumis, tout cela est doucement irrésistible, et la personne la plus endurcie, complètement interloquée, cède en cinq minutes un terrain pas conquis par une année d'exhortations et d'insultes.

Ces sortes de gens difficiles sont ordinairement sur le point d'éclater de fureur. Celui qui les irrite davantage les incite au péché et durcit leur résistance. Celui qui veut les aider doit les conduire de manière opposée. Il peut le faire uniquement en les traitant avec une indulgence et un respect extrêmes.

Chaque légionnaire devrait graver dans son coeur ces paroles que l'Église applique à notre Bienheureuse Dame: " Mon souvenir est plus doux que le miel, mon héritage plus doux qu'un rayon de miel." (Si 24:20) D'autres peuvent faire du bien en utilisant des méthodes plus fortes. Le légionnaire cependant n'a qu'une voie pour faire l'oeuvre de Dieu -- la voie de la bonté et de la douceur. Qu'en aucune circonstance il ne s'écarte de cette voie. S'il le fait, il n'accomplira pas le bien, mais plutôt le mal. Les légionnaires qui s'écartent de ce royaume de Marie perdent contact avec celle de qui leur travail dépend. Que peuvent-ils alors espérer accomplir?

Le tout premier praesidium de la Légion reçut le titre de Notre-Dame de la Miséricorde. Ceci eut lieu parce que le premier travail entrepris fut la visite d'un hôpital dirigé par les Soeurs de la Miséricorde. Les légionnaires pensaient qu'ils avaient eux-mêmes choisi ce nom, mais qui peut douter qu'en réalité c'était la douce Vierge elle-même qui l'avait accordé, indiquant ainsi la qualité qui doit toujours distinguer l'âme du légionnaire.

Habituellement, les légionnaires ne se montrent pas négligents dans la poursuite du pécheur. Fréquemment les années s'accumulent dans cette poursuite infatigable de quelque pécheur obstiné. Il leur arrive néanmoins de rencontrer des personnes qui mettent à l'épreuve leur foi, leur espérance et leur charité. Elles semblent être au-delà du rang des pécheurs ordinaires; des personnes d'une perfidie extrême, de complet égoïsme, ou de trahison insondable, ou remplie de la haine de Dieu ou d'une attitude révoltante envers la religion. Apparemment aucun bon sentiment, aucune étincelle de grâce, aucun vestige du surnaturel ne se trouvent en elles. Elles sont tellement détestables qu'il est difficile de penser qu'elles ne rebutent pas Dieu lui-même. Que peut-il donc bien voir au milieu de ces défigurations si effrayantes, pour lui faire désirer l'intimité la plus profonde avec elles dans la sainte Communion, ou leur compagnie dans le Ciel?

La tentation naturelle de laisser à lui-même quelqu'un de cette sorte est presque irrésistible. Néanmoins, le légionnaire ne doit pas céder. Ces raisonnements humains sont tous faux. Dieu, en vérité, veut cette âme vile et défigurée; il la veut tellement, si ardemment, qu'il a envoyé son Fils, notre très cher Seigneur, à cette âme, et il est avec elle maintenant!

Mgr R. H. Benson a exprimé de manière exquise le motif qui doit stimuler la persévérance légionnaire: " Si par son péché le pécheur ne faisait que chasser le Christ, nous pourrions abandonner une telle âme. C'est parce que -- selon l'expression terrifiante de saint Paul -- l'âme pécheresse conserve le Christ, alors qu'elle le crucifie pour son compte et le bafoue publiquement (He 6:6), c'est pour cela que nous ne pouvons supporter de la laisser à elle-même."

Quelle pensée électrisante! Le Christ, notre Roi, est pour ainsi dire aux mains de l'ennemi! Quel mot d'ordre pour une campagne de toute une vie, pour la bataille la plus acharnée qui soit, pour la poursuite incessante de l'âme qui doit se convertir afin de mettre fin à l'agonie du Christ! Tout argument naturel doit être complètement brûlé dans l'acte de foi chauffé à blanc qui voit et qui aime le Christ crucifié et se tient près de lui dans ce pécheur. Tout comme l'acier le plus dur se liquéfie sous l'action du feu, ainsi le coeur le plus endurci s'adoucira sous la flamme de cette invincible charité.

On demandait un jour à un légionnaire possédant une grande expérience des pécheurs les plus dépravés d'une grande ville s'il en avait jamais rencontré ne présentant aucun espoir de conversion. En tant que légionnaire, il lui répugnait d'admettre l'existence de cette catégorie, il répondit cependant que beaucoup étaient terribles mais que peu étaient absolument sans espoir. Pressé de préciser sa pensée, il finit par avouer qu'à sa connaissance un seul pécheur semblait pouvoir être ainsi décrit.

Le soir même, il recevait son plus cinglant démenti. Tout à fait par hasard, il rencontra dans la rue la personne qu'il avait nommée. Après trois minutes de conversation, le miracle d'une conversion complète et durable se produisit.

" Il y a dans la vie de sainte Madeleine Sophie Barat un épisode qui montre tout le pathétique de la ténacité dans la poursuite d'une âme. Pendant vingt-trois ans, elle s'attacha avec un amour persistant à une âme que la Providence de Dieu avait mise sur son chemin, une brebis perdue qui, sans la sainte, n'aurait jamais retrouvé le bercail. D'où venait Julie, personne ne le savait -- elle ne raconta jamais son histoire deux fois de la même façon. Mais elle était seule et pauvre, d'un caractère difficile et capricieux, tel qu'on n'en voit pas dans la vie ordinaire, disait-on; fourbe, traîtresse, ignoble, emportée presque jusqu'à la fureur. Mais la sainte n'y voyait qu'une âme que le bon Pasteur avait trouvée dans des endroits périlleux et confiée à ses soins. Elle l'adopta comme sa propre fille, lui écrivit plus de deux cents lettres, et souffrit beaucoup à cause d'elle. Payée de retour par des calomnies et de l'ingratitude, la sainte tint bon, lui pardonna encore et encore, espéra toujours. Sept ans après la sainte, Julie mourut en paix avec Dieu." (Monahan: Sainte Madeleine Sophie Barat)

3. LE COURAGE LÉGIONNAIRE

Toute profession requiert de ses membres un courage spécial et tient pour indigne le membre qui ne le possède pas. Celui que la Légion réclame spécialement, c'est le courage moral. Presque toute son oeuvre consiste à aborder les personnes pour les rapprocher de Dieu. Parfois cela provoque du ressentiment ou un manque de compréhension, qui se manifesteront de diverses manières, moins mortelles que les missiles de la guerre, mais -- comme le prouve l'expérience -- moins souvent affrontées. Pour les milliers qui bravent la pluie des projectiles et des obus, à peine peut-on en trouver un qui ne reculera pas devant la simple possibilité de quelques railleries, ou de paroles de colère, ou de critique, ou même de regards moqueurs, ou devant la crainte de paraître prêcheur ou de simuler la sainteté.

" Que penseront-ils? Que diront-ils?" telle est la réflexion qui fait frissonner, alors qu'on devrait, comme les Apôtres, être tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom de Jésus. (Ac 5:41)

Là où on laisse libre cours à cette timidité, communément appelée respect humain, tout le travail pour les âmes se réduit à de l'insignifiance. Regardez autour de vous et considérez le tragique de ceci. Partout les fidèles vivent au milieu de grandes communautés de non-croyants, ou de non-catholiques, ou de catholiques non pratiquants. Cinq pour cent de ces personnes seraient gagnées par le premier effort sérieux fait pour leur présenter individuellement la doctrine catholique. Ces cinq pour cent seraient un premier empiétement conduisant à des conversions très nombreuses. Mais cet effort ne se fait pas. Ces catholiques souhaiteraient bien le faire. Cependant ils ne font rien, parce que leurs puissances d'action sont paralysées par le poison mortel du respect humain. Pour différentes personnes, ce dernier porte des étiquettes différentes: " prudence élémentaire" , " respect des opinions d'autrui" , " entreprise sans espoir" , " attente d'un guide" , et beaucoup d'autres expressions plausibles; mais toutes aboutissent à l'inaction.

On raconte dans la vie de saint Grégoire le Thaumaturge que, lorsqu'il fut sur le point de mourir, il demanda à son entourage combien la ville comptait d'infidèles. La réponse ne se fit attendre: " Dix-sept seulement." Après un moment de réflexion, l'évêque mourant remarqua: " C'est exactement le nombre de chrétiens que j'ai trouvés quand je suis devenu évêque ici." Commençant avec seulement dix-sept croyants, son apostolat avait apporté la foi à tous, sauf à dix-sept! Quelle merveille! Or, la grâce de Dieu ne s'est pas épuisée au cours des siècles. La foi et le courage peuvent y puiser aussi librement de nos jours avec les mêmes résultats. Ordinairement ce n'est pas la foi qui manque, mais le courage.

Cette constatation doit décider la Légion à mener une campagne bien organisée contre l'action du respect humain sur ses membres. D'abord, en opposant à cette action la force d'une saine discipline. Puis, en éduquant ses légionnaires à considérer le respect humain comme un soldat le ferait de la lâcheté. On doit leur apprendre à agir en dépit de ces impulsions, et à réaliser que l'amour, la fidélité et la discipline ne sont, en définitive, que des leurres s'ils ne produisent pas des actes de sacrifice et de courage.

Un légionnaire sans courage! Que peut-on dire d'un tel être, sinon lui appliquer l'expression de saint Bernard: " Quelle honte d'être un membre poltron sous une Tête couronnée d'épines!"

" Si vous combattiez seulement quand vous vous sentez prêt à vous battre, où serait votre mérite? Qu'importe que vous n'ayez pas de courage, pourvu que vous agissiez comme si vous étiez réellement brave? Si vous vous sentez trop lâche pour ramasser un bout de fil, et que néanmoins vous le fassiez pour l'amour de Jésus, vous avez plus de mérite que pour une action beaucoup plus noble faite sous l'impulsion de la ferveur. Au lieu de vous attrister, réjouissez-vous de ce que, en vous permettant de sentir votre propre faiblesse, Notre Seigneur vous donne l'occasion de sauver un plus grand nombre d'âmes." (Sainte Thérèse de Lisieux)

4. L'ACTION SYMBOLIQUE

C'est un principe fondamental de la Légion que dans tout travail, on doit apporter le meilleur de ce qu'on peut donner. Qu'il soit simple ou difficile, ce travail doit être fait dans l'esprit de Marie.

Voici une autre raison, qui est importante. Au plan spirituel, il n'est pas question de déterminer jusqu'où doit aller l'effort. Quand on s'occupe d'une âme, à quel moment peut-on dire " assez" ? Évidemment, cela s'applique aussi, avec une force particulière aux tâches plus difficiles. Devant celles-ci, nous nous surprenons à exagérer la difficulté en brandissent le mot " impossible" . La plupart des " impossibles" ne sont pas du tout impossibles. Peu de choses sont impossibles à la diligence et au doigté. Mais nous nous imaginons qu'elles sont impossibles et alors par notre attitude nous les rendons telles.

Certes, il faut admettre que parfois nous devons faire face à des tâches qui sont réellement impossibles, c'est-à-dire au-delà de l'effort humain. Évidemment, si nous sommes laissés à nos propres moyens, nous nous abstiendrons de ce que nous regarderions comme une action inutile dans ces cas d'impossibilité imaginée ou réelle. Cela pourrait signifier que nous laisserions intouchées les trois quarts de ces tâches les plus importantes qui attendent d'être accomplies -- ce qui réduirait à un semblant de combat la vaste et aventureuse campagne chrétienne. Ainsi la formule de la Légion exige-t-elle l'effort en toutes les circonstances et à tout prix -- l'effort comme principe premier. À la fois aux plans naturel et surnaturel, la répudiation de l'impossibilité est la clé du possible. Cette attitude à elle seule peut résoudre les problèmes. Elle peut aller plus loin, car c'est prêter l'oreille au cri de l'Évangile qu'avec Dieu rien n'est impossible. C'est la réponse croyante à l'appel de Notre Seigneur lui-même pour une foi capable de précipiter les montagnes dans la mer.

Il serait d'ailleurs purement utopique de faire des projets de conquête spirituelle sans en même temps affermir son esprit dans cette indomptable attitude.

Dans cet ordre d'idées, la préoccupation première de la Légion est de fortifier l'esprit de ses membres.

" Toute impossibilité est divisible en trente-neuf pas, dont chacun est possible" -- déclare un axiome légionnaire d'apparence paradoxale. Cependant cette idée est suprêmement sensée. Elle forme la base de la réalisation d'un projet. Elle résume la philosophie du succès. Car si l'esprit est paralysé par la contemplation de l'impossible apparent, le corps se détendra par sympathie dans l'inactivité. Dans de telles circonstances, chaque difficulté est purement une impossibilité. Quand donc se présente une telle tâche -- dit le sage axiome -- divisez-là; divisez et conquérez. Vous ne pouvez atteindre d'un seul bond le dernier étage d'une maison; mais vous pouvez vous y rendre par l'escalier -- une marche à la fois. De même, en dépit de votre difficulté, faites un pas. Inutile pour l'instant de vous inquiéter du suivant; portez toute votre attention sur le premier. Quand vous l'aurez fait, un second s'offrira de lui-même immédiatement ou à brève échéance. Faites-le et un autre se présentera -- puis encore un autre. Après un certain nombre de pas -- peut-être pas les trente-neuf pas de l'axiome, qui ne fait que rappeler la pièce de ce nom -- on s'aperçoit qu'on a franchi les portes de l'impossible et qu'on a pénétré dans une terre pleine de promesses.

Remarquez bien: l'accent est mis sur l'action. Quel que soit le degré de la difficulté, il faut faire un pas. Évidemment, le pas doit être aussi efficace que possible. Cependant si le pas efficace n'est pas en vue, il faut en faire un moins efficace. Et si ce dernier ne se présente pas, alors il faut poser un geste (c'est-à-dire non pas seulement une prière) mais un geste qui bien qu'apparemment dénué de valeur pratique, tend au moins vers l'objectif, ou établit quelque rapport avec lui. Ce dernier geste de défi est ce que la Légion appelle " l'action symbolique" . En y recourant, on porte un coup mortel à l'impossibilité qui est un pur produit de notre imagination. D'autre part, elle entre en esprit de foi en un combat dramatique avec l'impossibilité réelle

La suite peut bien être l'écroulement des murs de Jéricho.

" La septième fois, les prêtres sonnèrent de la trompe et Josué dit au peuple, 'Poussez le cri de guerre, car Yahvé vous a livré la ville' . . . Quand il entendit le son de la trompe, le peuple poussa un grand cri de guerre, et le rempart s'écroula sur place. Aussitôt le peuple monta vers la ville, chacun devant soi, et ils s'emparèrent de la ville." (Jos 6:16,20)

5. IL FAUT FAIRE DU TRAVAIL ACTIF

La Légion sans son esprit serait comme tout autre corps sans vie. Cet esprit de la Légion, qui transforme tellement ses membres, ne flotte pas dans l'air, attendant qu'on le respire. Non! cet esprit de vie vient de la grâce, par la voie de l'effort. Il dépend du travail que font personnellement les légionnaires et de la manière qu'ils l'accomplissent. Si l'effort manque, l'esprit vacille et peut s'éteindre.

À cause (a) d'une répugnance à s'engager dans une tâche jugée difficile, ou (b) d'une incapacité de discernement quant au travail à entreprendre, qui existe abondamment, même dans les plus petites localités, mais plus que tout (c) de la peur d'une critique défavorable; il peut y avoir tendance à éviter le travail actif ou à confier aux membres des tâches insignifiantes. Mais tous sont prévenus que l'organisation de la Légion a pour but de diriger un travail actif substantiel. Il n'y a aucune justification pour établir l'organisation, à moins d'entreprendre un tel travail. Une armée qui refuse de livrer bataille: quel nom mal approprié! Semblablement, les membres d'un praesidium, qui n'est pas engagé à quelque forme de travail actif, n'ont aucun droit au nom de légionnaires de Marie. Nous le répétons, les exercices spirituels ne satisfont pas à l'obligation légionnaire de faire du travail actif.

Le praesidium inactif est non seulement infidèle au but de la Légion qui est de montrer en action un apostolat courageux, mais il commet en plus une grave injustice à la Légion. Il donne l'impression que la Légion est inapte à accomplir certains travaux, alors qu'en réalité, la Légion, bien qu'elle en soit parfaitement capable, n'est même pas employée à ce travail.

6. LE PRAESIDIUM CONTRÔLE LE TRAVAIL

C'est le praesidium qui assigne le travail à ses membres. Ceux-ci ne sont pas libres d'entreprendre d'eux-mêmes au nom de la Légion quelque tâche que ce soit qui semblerait leur convenir. Néanmoins, il ne faut pas interpréter cette règle avec une rigueur telle qu'elle empêche un membre de profiter d'une occasion imprévue de faire le bien. En fait, le légionnaire doit se regarder en un sens comme en service permanent. Si l'on se trouve accidentellement en présence d'un certain travail, on peut, à la réunion suivante, l'apporter et le proposer dans son compte rendu, et si le praesidium l'accepte, il devient alors une tâche ordinaire de la Légion. Toutefois dans tout ceci le praesidium doit être vigilant. Il existe une tendance naturelle chez beaucoup de personnes de très grande bienveillance à s'occuper de tout, sauf de ce qu'elles devraient faire, à s'éparpiller au lieu de s'appliquer au travail qui leur a été assigné. Ces personnes feront plus de tort que de bien, et si l'on ne les réfrène pas, elles feront beaucoup pour ruiner la discipline légionnaire.

Dès qu'est ébranlé le sens de la responsabilité envers le praesidium, l'idée que l'on est son messager qui part avec des instructions précises et qui revient rendre compte de l'exécution de la tâche assignée, le travail lui-même cessera d'être fait, ou autrement deviendra une source de danger pour la Légion. Si une grave erreur résultait d'une telle action indépendante, c'est la Légion qui en porterait le blâme, bien que la faute ait été commise en ne tenant pas compte des méthodes de la Légion.

Quand certains légionnaires particulièrement enthousiastes, se plaignent que leurs efforts pour faire le bien sont entravés par l'excès de discipline, il est bon d'analyser leur cas à la lumière des considérations qui précèdent. Cependant il est aussi nécessaire de voir si une plainte de ce genre n'est pas bien fondée. Le but essentiel de la discipline est d'entraîner, non de freiner; mais certaines personnes ne semblent pas avoir d'autre idée en exerçant l'autorité que celle qui consiste à dire "non" et à imposer la contrainte.

7. LES VISITES À DEUX UNE SAUVEGARDE DE LA DISCIPLINE LÉGIONNAIRE

Les visites se font à deux. En prescrivant ceci, la Légion a en vue les intentions suivantes:- Tout d'abord, la sauvegarde des légionnaires. Ordinairement, cette précaution est commandée, moins par les rues que par les maisons visitées. En deuxième lieu, la visite à deux est une source d'encouragement mutuel. C'est une aide contre le respect humain ou la timidité naturelle, quand la visite porte sur des localités d'accès difficile ou des maisons qu'on prévoit peu accueillantes. En troisième lieu, elle met sur le travail le sceau de la discipline. Elle assure la ponctualité et la fidélité dans l'accomplissement des visites assignées. Si l'on est laissé à soi-même, on est facilement enclin à changer le temps des visites hebdomadaires ou de les omettre tout à fait. La fatigue, le mauvais temps, la crainte naturelle d'affronter une visite désagréable vont agir en toute liberté si l'on n'a pas de rendez-vous à respecter avec un co-visiteur. Il en résulte que les visites deviennent désordonnées, irrégulières, sans succès, et en fin de compte seront complètement abandonnées.

Quand un légionnaire manque au rendez-vous avec son co-visiteur, voici la conduite que ce dernier suivra ordinairement. S'il s'agit, disons, de visiter un hôpital ou d'accomplir un autre travail ne comportant de toute évidence aucun danger, le légionnaire peut y aller seul. Si d'autre part, ce travail le plaçait dans des circonstances embarrassantes, ou l'introduisait dans un milieu de mauvaise réputation, il devra renoncer à la visite. On doit bien comprendre que la permission ci-dessus donnée de faire seul les visites est exceptionnelle. Les manquements répétés de la part du co-visiteur à tenir ses rendez-vous devraient être examinés très sérieusement par le praesidium.

Cette exigence des visites à faire à deux ne signifie pas que les deux compagnons doivent s'adresser ensemble aux mêmes personnes. S'il s'agit, par exemple, d'une salle d'hôpital, ce serait selon l'ordre, et en fait la meilleure manière d'agir, que les deux légionnaires agissent séparément et s'occupent de personnes différentes.

8. IL FAUT SAUVEGARDER LE CARACTÈRE INTIME DU TRAVAIL LÉGIONNAIRE

La Légion doit veiller à ce que des réformateurs sociaux trop ardents n'utilisent son action à leur profit. Cette action est essentiellement cachée. Elle commence dans le coeur de chacun de ses membres, en y développant un esprit de zèle et de charité. Par un contact direct, personnel et persévérant avec d'autres personnes, les légionnaires s'efforcent d'élever le niveau spirituel de la communauté entière. Le travail se fait sans bruit, avec discrétion et délicatesse. Le but est moins de supprimer directement les désordres flagrants que de pénétrer la communauté des principes et des sentiments catholiques, de telle sorte que le mal mourra de lui-même, faute d'un terrain favorable à sa croissance. Pour eux, le vrai triomphe se trouve dans le développement continu, si lent qu'il puisse être quelquefois de la vie et de la mentalité intensément catholiques dans les masses.

Il importe de garder jalousement aux visites légionnaires ce caractère de nature intime. Celui-ci ne sera pas préservé si les membres de la Légion se font la réputation de rechercher les abus pour les dénoncer publiquement. Les visites des légionnaires aux familles, ainsi que leurs agissements en général, provoqueraient de la méfiance. Au lieu de regarder les visiteurs comme des amis à qui l'on peut se confier pleinement, on les soupçonnera de travailler comme détectives au profit de leur organisation. Inévitablement leur présence deviendrait offensante et ce serait la fin de la réelle influence légionnaire.

Par conséquent, ceux qui sont chargés de diriger les activités de la Légion doivent prendre soin de ne pas associer le nom de la Légion à des fins qui, bien que bonnes en elles-mêmes, emploient des méthodes ayant peu en commun avec celles de la Légion. Il existe des organisations spéciales pour combattre les abus flagrants du jour. Que les légionnaires en saisissent l'occasion quand le besoin se fait sentir, et qu'ils prêtent alors leur concours à titre personnel, mais que la Légion reste fidèle à sa propre tradition et à ses propres méthodes de travail.

9. LES VISITES DE MAISON À MAISON SONT À DÉSIRER

Les visites légionnaires devraient se faire autant que possible de maison à maison, sans faire acception des gens qui y vivent. Certaines personnes pourraient s'offenser, en pensant qu'elles sont signalées à l'attention.

On ne devrait pas omettre la visite de ceux qui ne sont pas catholiques -- à moins que de fortes raisons existent de s'en abstenir. On ne doit pas les approcher dans un esprit de conquête religieuse, mais dans l'unique intention d'établir des relations amicales. Sachant qu'on visite toutes les maisons pour faire la connaissance de leurs habitants, l'accueil de la plupart des non-catholiques sera bienveillant, circonstance que la divine Providence peut utiliser comme un instrument de grâce envers ces " autres brebis" qu'elle désire avoir dans son bercail. Des rapports d'amitié avec des catholiques voués à l'apostolat peuvent faire tomber bien des préjugés; et un respect pour des catholiques inspirera indubitablement un respect pour le catholicisme. On pourra même demander des renseignements, des titres de livres, et de tout ceci, de plus grandes choses peuvent arriver.

10. ON NE DISTRIBUE PAS DE SECOURS MATÉRIELS

La Légion ne donne pas de secours matériels -- si minimes qu'ils soient; et l'expérience prouve qu'il est nécessaire de mentionner que les vieux vêtements appartiennent à cette catégorie.

En imposant cette règle, la Légion ne méprise aucunement l'assistance matérielle en elle-même. Elle déclare simplement que pour la Légion c'est impraticable. Donner aux pauvres est une bonne oeuvre. Faite dans un but surnaturel, c'est une oeuvre sublime. Les méthodes de nombreuses grandes associations sont basées sur ce principe; notamment celui de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à l'exemple et à l'esprit de laquelle la Légion se plaît à se proclamer profondément redevable -- tellement, en fait, qu'il lui est possible de dire que ses racines plongent dans cette Société. Cependant la Légion a un champ d'action tout autre. Son système s'édifie sur le bien spirituel à apporter à chacun des individus qui composent la population. Ce programme et celui de l'assistance matérielle aux nécessiteux ne sont pas compatibles dans la pratique parce que:-

(a) Il est rare que des personnes qui n'ont pas besoin de secours matériels accueillent favorablement les visites d'une association de bienfaisance. Elles craindront qu'une telle visite les fasse passer pour des assistés aux yeux du voisinage. Voilà pourquoi le praesidium qui a la réputation de donner des secours verra bientôt son champ d'action se limiter de plus en plus. -- Pour d'autres associations l'assistance matérielle peut être le clef qui ouvre. Pour la Légion, c'est la clef qui lui ferme la porte.

(b) Ceux qui s'attendent à recevoir, et sont déçus, en sont blessés et deviennent imperméables à l'influence légionnaire.

(c) Même parmi ceux qui ont besoin de secours matériels, la Légion n'accomplira pas de bien spirituels en leur donnant. Que la Légion laisse ce soin aux autres organisations qui en font leur spécialité et qui ont pour cela une grâce spéciale. Quant aux légionnaires, ils n'auront pas cette grâce, parce qu'ainsi ils contreviennent à leur règle. Le praesidium qui s'égare dans cette voie se verra impliqué dans de sérieuses complications, et n'apportera jamais rien d'autre à la Légion que du chagrin.

Certains légionnaires allégueront qu'individuellement que chacun a le devoir de faire la charité selon ses moyens, et ils peuvent mettre en avant qu'ils ne désirent pas donner en tant que légionnaires, mais à titre de simples particuliers. À l'examen, on se rendra compte que cette façon de procéder entraîne des complications inévitables. Supposons le cas - et c'est le plus habituel - de quelqu'un qui n'avait pas pratiqué l'aumône sous la forme de dons matériels avant de faire partie de la Légion. Voici que dans ses visites, il rencontre des personnes qui lui semblent nécessiteuses. Il se garde sans doute de leur donner quoi que ce soit le jour de sa visite officielle de légionnaire, mais il va les trouver un autre jour " comme simple particulier" et leur donne. Assurément, il enfreint la règle de la Légion en donnant un secours matériel, et assurément cette double visite joue-t-elle seulement sur les mots? C'est comme légionnaire qu'il a fait sa première visite. Le cas est venu à sa connaissance en tant que légionnaire. Les bénéficiaires le connaissent en tant que légionnaire; et ils n'entrent certainement pas dans cette subtilité de langage. Pour eux, il s'agit simplement d'un secours reçu de la Légion, qui s'accorde à trouver légitime leur façon de voir.

Souvenons-nous bien que la désobéissance ou l'indiscrétion d'un seul membre sur ce point peut compromettre tout le praesidium. Le nom de secours matériel est facilement vainqueur. Il ne requiert pas une centaine de cas. Une couple de cas suffisent.

Si un légionnaire, pour quelque raison, désire aider dans un cas particulier, pourquoi ne pas épargner toutes ces complications à la Légion en donnant anonymement par l'intermédiaire d'un ami ou d'une association spécialisée dans ce domaine? La répugnance à agir ainsi, dans les circonstances, semblerait indiquer que le légionnaire recherche une récompense plutôt terrestre que céleste pour son acte de charité.

Les légionnaires ne doivent pas, cependant, être insensibles aux cas de pauvreté et de besoin qu'ils découvriront inévitablement au cours de leurs visites et ils devraient les signaler à d'autres organisations pouvant répondre au genre de besoin dont il s'agit. Si tous les efforts ne réussissent pas à procurer l'aide demandée, ce n'est pas à la Légion de tomber dans le piège. Ce n'est pas son travail, et il est impossible de concevoir que dans une communauté moderne, il n'existe pas d'autres personnes ou organisations qui puissent apporter du secours dans un cas digne d'intérêt.

" Incontestablement, la pitié que nous témoignons aux pauvres en soulageant leurs besoins est hautement louée par Dieu. Mais qui niera la supériorité du zèle et du labeur par lequel nous ménageons aux âmes, par notre enseignement et nos conseils, non les biens passagers du corps, mais les biens éternels." (AN)

Comme de nombreux faits ont montré que cette règle risque d'être l'objet d'une interprétation trop étroite, il est nécessaire d'affirmer que le fait de rendre service ne constitue pas un secours matériel. Au contraire, on recommande cette action. Elle écarte l'accusation que les légionnaires se contentent de parler de religion et sont insensibles aux besoins des gens. Les légionnaires devraient prouver la sincérité de leurs paroles en prodiguant leur amour et leurs services sous toutes les formes permises.

11. LES QUÊTES D'ARGENT

Les quêtes d'argent faites lors des visites régulières des légionnaires, sont à considérer dans la même perspective que la distribution des secours matériels et sont également interdites.

On pourrait ainsi obtenir de l'argent, mais on n'aurait jamais le climat nécessaire pour accomplir le bien spirituel, et cela représenterait un suprême exemple de la ligne de conduite qui fait " économiser les sous et prodiguer des louis" .

12. PAS DE POLITIQUE DANS LA LÉGION

Aucun groupement légionnaire ne se permettra de mettre son influence ou ses locaux au service de desseins politiques, ou d'accorder son aide à quelque parti politique que ce soit.

13. ALLEZ À LA RECHERCHE DE TOUTES LES ÂMES ET ENTREZ EN CONVERSATION AVEC CHACUNE D'ELLES

L'essence même du travail religieux réside dans son désir d'atteindre chaque individu, d'accueillir dans la sphère de son apostolat non seulement les négligents, non seulement la grande famille de la Foi, non seulement les pauvres ou les dévoyés, mais TOUS.

Spécialement les formes les plus répugnantes de négligence religieuse ne doivent pas intimider le légionnaire. Il n'est personne, qui soit si abandonné, donnant en apparence si peu d'espoir, en qui la foi et le courage et la persévérance du légionnaire ne puisse produire des résultats. D'autre part, ce serait une intolérable restriction de la mission de la Légion que de borner son attention aux seuls cas les plus sérieux. L'attrait particulier que peut avoir le légionnaire pour la brebis qui s'est égarée ou qui est entre les mains d'un voleur, ne doit pas lui faire perdre de vue le champ plus vaste, à portée de la main, où il s'agit d'exhorter cette multitude de gens qui, bien qu'appelés par Dieu à la sainteté, se contentent cependant d'une vie de simple observance des devoirs essentiels. Or, pour décider des personnes, qui se sont contentées du strict minimum à entreprendre des oeuvres de zèle ou de dévotion, cela ne peut s'accomplir que par une longue période de visites, exigeant beaucoup de patience. Cependant, si comme le dit le Père Faber, un saint vaut un million de catholiques ordinaires; et si, comme nous le rappelle sainte Thérèse d'Avila, une âme qui, sans être sainte, cherche la sainteté, est plus précieuse pour Dieu que des milliers vivant des vies quelconques, quel bonheur ce sera pour le légionnaire de guider les premiers pas d'un grand nombre dans le sentier qui s'écarte de l'ornière de la médiocrité.

14. NUL N'EST TROP DÉVOYÉ NI TROP BON POUR ÊTRE PORTÉ À UN DEGRÉ PLUS ÉLEVÉ

Aucun de ceux que l'on a rencontrés au cours des visites ne devrait être laissé au niveau où on l'a trouvé. Nul n'est tellement bon qu'il ne puisse être amené beaucoup plus près de Dieu. Les légionnaires auront souvent affaire à des personnes beaucoup plus saintes qu'eux mêmes, mais même alors, ils ne doivent pas douter de leur aptitude à leur faire beaucoup de bien. Ils vont leur communiquer des idées nouvelles, de nouvelles dévotions. Ils peuvent rendre vie à ce qui était devenu une routine. Ils ne peuvent certainement pas manquer d'édifier par leur pratique joyeuse de la vie apostolique. Bref, que les légionnaires aient affaire au saint ou au pécheur, qu'ils aillent de l'avant, en toute confiance, sachant bien qu'ils ne sont pas là dans leur propre pauvreté spirituelle, mais comme représentants de la Légion de Marie, " unis à leurs pasteurs et à leurs évêques, au Saint-Siège et au Christ." (UAD)

15. UN APOSTOLAT TROP VAGUE EST DE PEU DE VALEUR

Dans chaque cas, le but doit être d'accomplir un bien considérable et précis. On doit faire beaucoup de bien à un grand nombre, si possible; si ce n'est pas possible, alors il faut faire beaucoup de bien à un nombre moins considérable; on ne doit jamais se contenter de faire un peu de bien à un grand nombre. Le légionnaire qui suit ce dernier sentier peut rendre un mauvais service, en laissant croire comme achevé un travail qui, d'après l'esprit de la Légion, est à peine commencé, empêchant ainsi d'autres membres de s'y consacrer. Cependant un autre danger survient; l'heure du découragement présentera le peu de bien fait à un grand nombre comme si en réalité aucun bien n'avait été fait à personne. Ce sentiment d'être un membre inutile risque de mettre la persévérance en péril.

16. LE SECRET DE L'INFLUENCE EST L'AMOUR

Il est à souligner qu'on ne peut réaliser un bien réel et étendu sans que s'établissent des liens d'amitié entre les légionnaires et ceux qu'ils visitent. Autrement, le bien accompli sera insuffisant ou accidentel. Cela est particulièrement vrai à l'occasion des visites faites dans le but d'obtenir l'Intronisation du Sacré-Coeur. Bien que cette oeuvre soit excellente en elle-même et la source de bénédictions, elle ne doit pas être considérée comme but principal. Des visites qui ont pour résultat rapide l'intronisation et qui alors sont discontinuées seraient aux yeux de la Légion réduire à peu de chose les fruits escomptés. Il est nécessaire que les visites aux familles soient nombreuses et prolongées de la part des deux visiteurs; c'est un travail dont les résultats peuvent être lents à venir; il importe donc d'intensifier le recrutement et de multiplier les praesidia.

17. EN CHACUN DE CEUX POUR QUI IL TRAVAILLE LE LÉGIONNAIRE VOIT ET SERT LE CHRIST

Nulle part et en aucun cas on ne fera les visites dans un esprit de philanthropie ou de simple pitié humaine pour les malheureux. " Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait." (Mt 25:40) Avec ces paroles gravées dans son coeur, le légionnaire doit voir dans son prochain Notre Seigneur, (qui est dans toute l'humanité sans distinction) et il lui rendra en conséquence service. Les méchants, les ingrats, les affligés, les méprisés, les déchus, ceux qui provoquent le plus la répugnance naturelle, tous doivent être regardés dans cette nouvelle lumière. Ils sont certainement les plus petits des frères du Christ (et se souvenant des paroles du Christ) on doit leur rendre un service princier et respectueux.

Le légionnaire doit toujours avoir présent à l'esprit qu'il fait une visite, non pas comme un supérieur à un inférieur, ni comme égal à égal, mais comme un inférieur à un supérieur, comme un serviteur au Maître. C'est l'absence de cet esprit qui produit la manière condescendante. Le visiteur de ce genre n'accomplira aucun bien, ni surnaturel, ni naturel. On ne tolérera sa présence que s'il est porteur de cadeaux. D'autre part, on accueille avec joie le visiteur aimable et sympathique qui demande humblement d'être admis dans les maisons où il frappe, bien que ses dons ne soient pas matériels; et il s'établira rapidement sur un pied de véritable amitié. Les légionnaires doivent se rappeler que le manque de simplicité dans le vêtement ou un langage affecté risquent de créer un obstacle entre les visiteurs et les visités.

18. À TRAVERS LE LÉGIONNAIRE, MARIE AIME SON FILS ET EN PREND SOIN

Les méthodes de la Légion se trouvent admirablement résumées dans ces paroles d'un légionnaire expliquant l'heureux résultat de visites très désagréables et difficiles: " Nous nous sommes fait aimer d'eux." " Pour éveiller cette affection, il est d'abord nécessaire de la montrer: d'aimer ceux que l'on visite. Il n'est pas d'autre moyen, d'autre diplomatie, ni d'autre clef pour acquérir une réelle influence. Saint Augustin exprime la même idée sous une autre forme quand il déclare: " Aimez et faites ce que vous voulez."

Dans un paragraphe magistral de la vie de saint François d'Assise, Chesterton souligne, ce principe distinctif du christianisme: " Saint François ne voyait que l'image de Dieu multipliée mais jamais monotone. Pour lui un homme était toujours un homme qui ne disparaissait pas plus dans une foule nombreuse que dans un désert.

Il honorait tous les hommes; c'est-à-dire que non seulement il les aimait mais il les respectait tous. Ce qui lui donnait cette extraordinaire puissance personnelle était ceci: du pape au mendiant, du sultan de Syrie dans sa tente royale aux brigands déguenillés sortis en rampant du fond d'un bois, jamais homme ne mit son regard dans ses yeux noirs tout brûlants sans avoir la certitude que François Bernardone s'intéressait véritablement à lui, à sa vie personnelle profonde, depuis le berceau jusqu'à la tombe; et qu'il était personnellement estimé à sa valeur et pris au sérieux."

Mais peut-on aimer de la sorte sur commande? Oui, en regardant en tous ceux qu'on rencontre la personne de Notre Seigneur. L'amour naît à cette seule pensée. Il n'est pas douteux que Marie désire que l'on témoigne au Corps mystique de son Fils bien-aimé un amour identique à celui qu'elle-même prodigua à sa sainte Humanité. Les légionnaires peuvent compter sur son aide. Si elle découvre en eux l'étincelle, la disponibilité d'amour, elle l'attisera pour qu'elle devienne flamme consummante.

19. TOUTES LES PORTES S'OUVRENT AU LÉGIONNAIRE HUMBLE ET RESPECTUEUX

L'inexpérience redoute la " première visite" , mais le légionnaire, qu'il soit nouveau ou expérimenté, qui a pris à coeur la leçon précédente, possède le passeport pour entrer dans chaque famille.

Il faut souligner qu'on n'entre pas chez les gens en vertu d'un droit quelconque, mais uniquement grâce à la courtoisie des occupants. Il faut les approcher chapeau à la main, pour ainsi dire, dans une tenue témoignant du respect que l'on a aurait en entrant dans les palais des plus grands. Le visiteur expose le but de sa mission et demande humblement l'autorisation d'entrer; d'ordinaire, on lui ouvre la porte toute grande et on l'invite à s'asseoir. Les légionnaires doivent se rappeler alors qu'ils ne sont pas venus pour faire une conférence ou poser une multitude de questions, mais pour déposer la semence d'une intimité possible, ouvrant les portes de la connaissance et de l'influence.

On a dit que la gloire spéciale de la charité est de comprendre les autres. Il n'est pas de plus grand besoin en ce triste monde qu'un tel don. Car " la majorité des gens semblent souffrir du sentiment d'être négligés. Ils sont malheureux parce que personne ne les prend en main, parce que personne ne veut accueillir les confidences qu'ils offrent." (Duhamel)

Il ne faut pas prendre trop au sérieux les difficultés du début. Même lorsqu'on les traite avec une grossièreté délibérée, une humble soumission tournera cette grossièreté en honte et produira plus tard sa moisson.

L'intérêt manifesté aux enfants fournit l'occasion d'entamer la conversation. On peut s'enquérir de leurs connaissances religieuses et de leur fréquentation des sacrements; de telles questions adressées aux parents eux-mêmes dès les premières visites risqueraient de les offenser; et par l'intermédiaire des enfants, des leçons efficaces peuvent s'adresser aux parents.

En prenant congé, on doit préparer le terrain pour une autre visite. La simple remarque que la visite a fait plaisir et qu'on espère revoir la famille, fournit une manière naturelle de prendre congé et en même temps une préparation efficace pour la prochaine visite.

20. CONDUITE À TENIR DANS UNE INSTITUTION

Les légionnaires visitant une institution doivent se rappeler qu'ils y sont seulement tolérés, comme des hôtes dans une maison particulière. Les responsables y regardent toujours d'un air perplexe le visiteur charitable qui, venant visiter les malades, tendrait à oublier le respect dû au personnel et aux règles et règlements. Le légionnaire ne doit jamais être en faute de cette manière. On ne doit jamais faire de visites à des heures indues, ni apporter aux malades des médicaments ou autres articles interdits, ni prendre parti dans quelque dispute interne de l'institution. Des personnes se plaindront peut-être d'être victimes de mauvais traitements de la part du personnel ou de leurs compagnons; mais ce n'est pas aux légionnaires de redresser les torts, même s'ils sont réels. Certes, ils écouteront avec sympathie le récit de ces infortunes et s'efforceront d'inspirer des sentiments de résignation; mais d'ordinaire les choses en resteront là. Si ces confidences provoquent chez le légionnaire de forts sentiments d'indignation, cela servira de soupape de sûreté de discuter le cas au praesidium. Celui-ci examinera la situation sous toutes ses faces et conseillera les démarches appropriées si cela est opportun.

21. LE LÉGIONNAIRE NE DOIT PAS S'ÉRIGER EN JUGE

Non seulement la manière d'agir du légionnaire, mais -- ce qui est encore plus important -- l'esprit du légionnaire doit être empreint de ce respect délicat. Ce serait inconséquent avec la mission du légionnaire de s'ériger en juge de son prochain, ou d'établir ses propres normes de pensée et d'action comme les normes auxquelles tous doivent se conformer. Il ne doit pas présumer que ceux qui diffèrent de lui de diverses manières, qui refusent de le recevoir ou même s'opposent à lui, sont nécessairement indignes de son respect.

Les actions de nombreuses personnes prêtent flanc à la critique, mais le légionnaire n'a pas à être leur critique. Trop souvent ces personnes sont comme les saints, qui étaient accusés à tort. La vie de bien des gens est enlaidie par de graves abus. Cependant, Dieu seul scrute les coeurs et peut juger selon la réalité de la situation. Car comme le dit Gratry: " Beaucoup n'ont pas eu le bienfait de l'éducation première. Ils sont nés sans patrimoine moral, et peut-être n'ont-ils reçu pour viatique de cette vie difficile que des maximes et des exemples pervers. De même, il ne sera demandé à chacun que ce qui lui aura été donné."

D'autres en grand nombre, font parade de leurs richesses et sont loin de mener une vie mortifiée. De ceux-ci, c'est l'esprit du jour qui s'exprime avec amertume. Mais ici encore le légionnaire doit réfléchir. Il est possible que de telles personnes ressemblent à Nicodème, qui vint secrètement de nuit trouver Jésus, et qui fit beaucoup pour lui, lui gagna nombre d'amis, l'aima sincèrement et finalement eut le privilège unique d'aider à sa mise au tombeau.

Le rôle des légionnaires n'est jamais celui de juge ou de critique. Ils doivent toujours considérer comment les yeux compatissants de Marie poseraient leur regard sur toutes ces circonstances et ces personnes. Qu'ensuite ils s'efforcent d'agir comme elle le ferait.

C'était une des pratiques d'Edel Quinn de ne jamais trouver à redire sans avoir auparavant consulté la Bienheureuse Vierge.

22. ATTITUDE EN FACE DE LA CRITIQUE HOSTILE

Fréquemment dans ces pages, il a été question de l'effet paralysant exercé, même sur les personnes les mieux intentionnées, par la crainte de la critique hostile. Il sera donc utile de considérer le principe suivant. Un but important de la Légion -- celui par lequel elle pourra obtenir ses résultats les plus vastes -- est la création de modèles de pensée et de conduite d'un haut niveau. Les membres choisissent de mener la vie apostolique, et ont ainsi un haut idéal de vie laïque. En vertu de cet étrange instinct qui conduit les hommes à imiter, même malgré eux, ces choses qui les impressionne, tous seront attirés à différents degrés, à se rapprocher de cet idéal élevé. Un signe qu'un idéal efficace a été établi, c'est qu'un grand nombre vont chercher à le suivre ouvertement et de bon coeur. Un autre signe plus commun celui-là, c'est l'évocation de symptômes de désaccord. Car un tel idéal est une protestation contre la médiocrité. C'est un aiguillon à la conscience populaire, et comme tous les aiguillons, il provoque la saine réaction d'inconfort et de protestation, bientôt suivie d'une poussée vers le haut. Cependant si nulle réaction ne surgit, cela prouve l'inefficacité de l'idéal proposé.

Par conséquent, il n'y a pas lieu d'être indûment troublé si les activités légionnaires suscitent un peu de critique; pourvu toujours que ces critiques ne soient pas justifiées par des méthodes défectueuses. Ayez toujours à l'esprit un autre grand principe qui doit gouverner l'effort apostolique: " On ne gagne les hommes que par l'amour et la bonté, l'exemple paisible et discret, qui ne les humilie point et ne les force pas à capituler. Ils détestent être attaqués par l'homme qui n'a pas d'autre idée que de les dominer." (Giosue Borsi)

23. ON NE DOIT JAMAIS SE DÉCOURAGER

Quelquefois les labeurs prolongés du plus héroïque dévouement donnent peu de fruits. Les légionnaires ne visent pas à réaliser des résultats tangibles, cependant ce ne serait pas pour leur bien de travailler avec un sentiment de frustration. Cela les consolera et les encouragera à des efforts encore plus énergiques à la pensée qu'un seul péché évité représente déjà un gain infini. Ce péché, en effet, serait un mal incommensurable, entraînant à sa suite une série sans fin de conséquences désastreuses. " Si petit que soit un corps, il joue un rôle dans l'équilibre des astres. Ainsi, d'une façon que seul votre esprit ô Seigneur peut percevoir et mesurer, le moindre mouvement de ma plume courant sur le papier est rattaché aux mouvements des corps célestes, il y contribue, il en fait partie. La même chose se produit dans le monde de l'intellect. Les idées vivent et elles ont leurs aventures les plus complexes dans ce monde de l'intellect, un monde infiniment supérieur au monde matériel; un monde uni et compact aussi dans sa complexité vaste, abondante et très variée. Comme dans les mondes matériel et intellectuel, ainsi en est-il dans le monde moral infiniment plus grand." (Giosue Borsi) Chaque péché ébranle le monde. Il inflige une blessure dans l'âme de chaque homme. Parfois le premier anneau de cette chaîne est visible, quand une personne en entraîne une autre à pécher. Mais qu'il soit visible ou non, le péché conduit au péché; et de même un péché évité en empêche un autre. De la même manière, est-ce que la prévention de ce second péché n'en préviendra pas un troisième, et ainsi de suite sans cesse jusqu'à ce que ce la chaîne rassemble le monde entier et s'étende à travers les siècles? Par conséquent est-ce trop dire que chaque pécheur converti à une vie meilleure représente une foule assez dense entrant à sa suite au ciel?

Conséquemment, la prévention d'un péché grave justifierait les labeurs les plus pénibles -- même l'effort de toute une vie -- pour qu'ainsi chaque âme éprouve l'exaltation d'une grâce supplémentaire. Il se peut que la prévention de ce péché soit un moment du destin, l'inauguration d'un processus d'ascension morale qui, avec le temps, élèvera tout une peuple d'une vie sans Dieu à la pratique de la vertu.

24. L'EMPREINTE DE LA CROIX EST UN SIGNE D'ESPÉRANCE

Le principal danger de découragement ne réside pas dans la résistance -- si acharnée soit-elle -- des forces contre lesquelles la Légion se trouve rangée en bataille. Il se trouve dans la détresse que le légionnaire ne peut s'empêcher d'éprouver quand les appuis et les circonstances sur lesquels il se croit en droit de compter, lui font défaut. Les amis l'oublient, les gens de bien se dérobent, ses propres instruments lui font défaut; et tout ce sur quoi il s'appuie trahit sa paix. Ô quelle quantité de bien pourrait être récoltée -- semble-t-il - sans cette faucille émoussée, sans les imperfections de son propre camp, sans cette croix qui accable!

Cette impatience devant la limitation du bien possible à faire aux âmes peut constituer un danger. Elle peut engendrer le découragement que les forces de l'ennemi n'avait pu provoquer.

On doit se rappeler que l'oeuvre du Seigneur doit porter la marque même du Seigneur, soit la marque de la croix. Sans cette empreinte, on peut douter du caractère surnaturel d'une oeuvre: les résultats véritables ne paraîtront pas. Janet Erskine Stuart énonce ce principe autrement. " Si vous considérez" , dit-elle, " l'Histoire sainte, l'Histoire de l'Église, et même votre propre expérience qui d'année en année augmente, vous verrez que l'oeuvre de Dieu ne se fait jamais dans des conditions idéales, jamais comme nous l'aurions imaginée ou choisie." Ce qui veut dire -- chose étonnante! -- que la circonstance même qui selon nos courtes vues humaines semble empêcher que ces conditions soient idéales et gâter les perspectives de succès, n'est pas un obstacle au succès mais ce qui est requis pour le succès; non pas une défectuosité, mais un cachet; non pas un poids mort sur l'effort, mais une huile jetée sur cet effort pour entretenir son énergie et l'aider à atteindre son but. Car Dieu se plaît à montrer sa puissance en faisant naître le succès de conditions défavorables et en réalisant ses plus grands desseins avec des instruments insuffisants.

Cependant les légionnaires doivent tenir compte de cette importante condition: pour que ces difficultés soient bienfaisantes, elles ne doivent pas provenir d'une négligence légionnaire. La Légion ne doit pas s'attendre à ce que ses propres fautes d'omission ou d'action répréhensible soient le canal de la grâce.

25. LE SUCCÈS EST UNE JOIE. L'ÉCHEC N'EST QU'UN SUCCÈS REMIS

Considéré sous son vrai jour, le travail devrait être une source intarissable de joie. Le succès est une joie. L'échec est une pénitence et un exercice de la foi -- une joie plus élevée pour le légionnaire réfléchi, qui y voit seulement un succès plus grand remis à plus tard. C'est un plaisir naturel de se voir accueilli par les sourires reconnaissants de ceux qui estiment hautement la visite. Cependant les regards méfiants d'autres personnes devraient apporter une consolation plus profonde, car voici quelque chose qui nous avait échappé, et qui est sérieusement défectueux. Les légionnaires savent par expérience que le véritable sentiment catholique -- même s'il se complique de quelque négligence religieuse -- répond volontiers au visiteur amical et sympathique, de sorte que le contraire indique assez souvent qu'une âme est en péril.

26. CONDUITE À TENIR VIS-À-VIS DES DÉFAUTS DES PRAESIDIA ET DES LÉGIONNAIRES

On doit être patient envers les défauts des praesidia ou des légionnaires. Le fait que le zèle soit tiède, que les progrès semblent négligeables et que les faiblesses de ce monde soient tristement évidentes, rien de cela ne devrait conduire au découragement. Les considérations suivantes devraient être utiles dans de telles circonstances.

Si ces membres, avec le dynamisme légionnaire derrière eux et sous l'influence incontestable de sa prière et de son dévouement, ne sont cependant pas à la hauteur de leurs devoirs, que seraient somme toute, leurs normes de vie sans la Légion? D'autre part, quels sont les niveaux spirituels d'un milieu incapable de fournir les quelques dignes travailleurs requis pour l'établissement d'un bon praesidium?

De toute évidence, il faut élever ces niveaux spirituels à tout prix. Le meilleur, en fait l'unique moyen d'y arriver, c'est de faire pénétrer dans toute la population un levain apostolique qui fermentera jusqu'à ce que le tout ait levé. (Mt 13:33) Il faut donc cultiver les apôtres disponibles avec une patience et une douceur inaltérables. L'esprit catholique ordinaire lui-même ne se développe que lentement. Par conséquent, comment s'attendre à ce que l'esprit d'apostolat surgisse instantanément? Perdre courage, c'est perdre l'unique remède.

27. NULLE RECHERCHE DE SOI

La Légion ne permettra pas qu'on se serve d'elle comme d'un instrument pour favoriser les avantages matériels personnels d'un de ses membres. Il devrait être superflu de mettre un légionnaire en garde contre une indigne exploitation de sa qualité de membre, que ce soit au sein de la Légion, ou au dehors.

28. PAS DE CADEAUX AUX MEMBRES

Il est interdit aux différents groupements légionnaires d'offrir de l'argent ou d'autres cadeaux à leurs membres. Si on tolérait cette pratique, elle tendrait à s'accentuer et deviendrait une charge financière. Il faut d'autant plus s'en garder que la Légion se réjouit de compter parmi ses membres un grand nombre de personnes aux ressources modestes.

Par conséquent, si des praesidia ou d'autres groupements légionnaires désirent marquer quelque événement important dans la vie d'un de leurs membres, qu'ils lui présentent un bouquet spirituel.

29. PAS DE DISTINCTION DE CLASSE DANS LA LÉGION

En règle générale, la Légion s'oppose à la formation de praesidia uniquement composés de membres de même rang social ou de même profession. En voici les raisons: (a) Trop souvent la restriction sera interprétée comme une exclusion, au grand détriment de la fraternité. (b) La meilleure méthode de recrutement se fait normalement par les membres auprès de leurs amis, et ceux-ci pourraient ne pas être qualifiés pour faire partie d'un tel praesidium particulier. (c) L'expérience prouve presque

invariablement que les praesidia dont les membres appartiennent à tous les milieux sociaux fournissent le travail le plus efficace.

30. LE BUT DOIT ÊTRE D'UNIR

La Légion devrait avoir pour but bien déterminé de combattre les divisions et les innombrables antagonismes dans le monde. Cette action doit commencer dans l'unité d'organisation de la Légion, le praesidium lui-même. Ce serait de la part de la Légion pure futilité de parler d'union des différences si en même temps l'esprit de désunion régnait dans ses propres rangs. Que la Légion pense à l'union et à la charité qui doivent régner entre les membres du Corps mystique et qu'elle s'organise en conséquence. En rassemblant dans un même praesidium des personnes que le monde séparait, elle a accompli quelque chose de grand. Le contact de la charité s'est établi, et sa contagion sacrée se propagera à l'extérieur, où elle pourra saisir l'esprit de discorde et l'étouffer

31. TÔT OU TARD LES LÉGIONNAIRES DOIVENT S'ATTAQUER AUX TÂCHES LES PLUS DIFFICILES

Le choix du travail peut donner lieu à des hésitations. Des problèmes difficiles peuvent exister, mais peut-être le prêtre craint-il de les confier à un praesidium encore à ses débuts. D'ordinaire, les motifs de timidité ne devraient pas prévaloir, de peur que nous soient appliquées les paroles de saint Pie X que le plus grand obstacle à l'apostolat a pour cause la crainte, ou plutôt, la lâcheté des bons. Cependant, si les hésitations persistent, que l'on commence selon les lois de la prudence, et que le praesidium s'adonne à des travaux plus simples. À mesure que les réunions se succèdent, et qu'on acquiert de l'expérience, certains membres se révéleront capables d'accomplir les tâches les plus difficiles. Qu'on les assigne au travail qui causait les hésitations du début: et d'autres suivront alors selon les exigences du travail et selon les capacités qui se seront révélées chez les membres. N'y aurait-il que deux légionnaires engagés dans une tâche difficile, leur exemple exerce sur le travail des autres une influence tonifiante.

32. L'ATTITUDE DEVANT LE DANGER

Le système légionnaire réduira au minimum les circonstances défavorables, mais peut-être que l'élément de risque peut s'attacher à quelque travail important. Si une calme considération démontre (a) qu'un travail d'où dépend le salut des âmes sera omis en tout ou en partie si la Légion ne l'assume pas, et (b) qu'on a pris toutes les précautions possibles pour assurer la sécurité; alors que l'attaque se poursuive avec des membres choisis avec le plus grand soin. Ce serait une chose intolérable pour les légionnaires de regarder sans s'émouvoir leurs voisins qui courent à leur perte. " Dieu nous préserve de la sérénité des ignorants. Dieu nous garde de la paix des lâches." (De Gasparin)

33. LA LÉGION DOIT ÊTRE À L'AVANT-GARDE DES LUTTES DE L'ÉGLISE

Les légionnaires partagent la foi de Marie dans la victoire de son Fils -- cette foi en ce que par sa mort et sa résurrection, son Fils a conquis tout le pouvoir du péché dans le monde. Selon la mesure de notre union à Notre Dame, l'Esprit Saint met cette victoire à notre disposition dans toutes les luttes de l'Église. Avec cette idée dans l'esprit, les légionnaires devraient être une inspiration pour toute l'Église par la confiance et le courage avec lesquels ils prennent en main les graves problèmes et les maux de notre temps.

" Nous devons comprendre l'enjeu de cette guerre. Il ne s'agit pas simplement de combattre pour étendre l'Église, mais pour amener les âmes à s'unir au Christ. C'est la plus étrange des guerres qui est livrée pour l'ennemi, non pas contre lui. Le terme 'ennemi' lui-même ne doit pas nous induire en erreur.

Tout incroyant, comme tout catholique d'ailleurs, est un être doué d'une âme immortelle, créée à l'image de Dieu et pour laquelle le Christ est mort. Quelle que soit la violence de son hostilité envers l'Église ou envers le Christ, notre but est de le convertir, et non pas simplement de le vaincre. Nous ne devons jamais oublier que le démon veut son âme en enfer comme il veut la nôtre, et nous devons lutter contre le démon pour lui. Nous pouvons être forcés de nous opposer à un homme pour l'empêcher de mettre des âmes en danger; mais nous voulons toujours le gagner pour le salut même de son âme. C'est dans la puissance du Saint-Esprit (sic) que nous devons lutter, et il est l'Amour du Père et du Fils; en autant que les soldats de l'Église combattent dans la haine, c'est contre lui qu'ils le font." (F. J. Sheed: Théologie pour Débutants)

34. LE LÉGIONNAIRE DOIT PROPAGER TOUT CE QUI EST CATHOLIQUE

Les légionnaires ne négligeront pas l'usage des scapulaires, médailles et insignes approuvés par l'Église. En les distribuant, et en propageant leur dévotion, ils ouvrent des voies, à travers lesquelles -- comme un million de faits l'ont montré -- c'est la volonté de Dieu que la grâce se répande abondamment.

Ils devraient en particulier attacher beaucoup d'importance au scapulaire brun qui est la livrée même de Marie. " Certains interprètent littéralement le texte: 'Celui qui meurt revêtu de cet habit ne se perdra pas.' Saint Claude de la Colombière ne souffrait aucune restriction: 'On peut perdre son scapulaire, mais celui qui le porte à l'heure de la mort est sauvé.'" (Père Raoul Plus)

De plus, ils favoriseront la piété dans les foyers des gens en les encourageant à mettre en place d'honneur des crucifix et des statues, à poser sur les murs des gravures et tableaux religieux, à garder de l'eau bénite au foyer, et des chapelets bénits et indulgenciés. La maison où les sacramentaux de l'Église sont méprisés court le grand risque d'abandonner graduellement ses sacrements. Les enfants font particulièrement bon accueil aux manifestations extérieures de la piété, et dans un foyer sans statue ni image sainte, ils trouveront difficile d'acquérir le caractère authentique et chaleureux de la Foi.

35. VIRGO PRAEDICANDA; IL FAUT DONNER ET FAIRE CONNAÎTRE LA VIERGE À TOUS LES ÊTRES HUMAINS, CAR ELLE EST LEUR MÈRE

Un thème cher au pape Léon XIII était la pensée que Marie est la Mère de tous les êtres humains et que Dieu a déposé le germe d'amour envers elle dans le coeur de chacun, même en ceux qui la détestent ou qui ne la connaissent pas. Ce germe est destiné à grandir et comme n'importe quel germe il peut se développer dans les conditions qui lui conviennent. Il faut donc s'approcher des âmes et les renseigner sur le rôle maternel de Marie.

Le Concile Vatican II a proclamé la maternité universelle de Marie (LG 53, 65), et a déclaré qu'elle est tellement la source et le modèle de l'apostolat que l'Église doit dépendre d'elle dans ses efforts pour sauver toute l'humanité. (LG 65)

Le Pape Paul VI exige que partout, et surtout là où les non-catholiques sont nombreux, les fidèles soient pleinement instruits du rôle maternel de Marie, afin qu'ils puissent partager ce trésor de connaissance. De plus, il confie tout le genre humain à son coeur aimant, afin qu'elle puisse accomplir sa mission d'orienter toutes les âmes vers son Fils. Enfin, pour mettre en lumière son devoir de Mère et d'unificatrice à l'égard de tous les membres de la famille humaine, Sa Sainteté confère à Marie le titre significatif de " Mère de l'Unité" .

Par conséquent, ils sont tristement dans l'erreur ceux qui considèrent la Bienheureuse Vierge comme un obstacle à la conversion, qui devrait être abaissé. Elle est la Mère de la grâce et de l'unité, et par conséquent, sans elle les âmes ne trouveront pas leur chemin. Les légionnaires doivent s'appuyer sur ce principe dans leurs efforts de conversion, ce qui veut dire en expliquant à tous ce qui est appelé, mais incorrectement, la dévotion mariale de la Légion. Cette dévotion n'est pas la propriété de la Légion, mais elle procède uniquement de l'enseignement qu'elle tient de l'Église.

" La Vierge Marie a toujours été proposée par l'Église à l'imitation des fidèles, non point précisément pour le genre de vie qu'elle a expérimenté, d'autant moins que le milieu socio-culturel dans lequel elle s'est déroulée est aujourd'hui presque partout dépassé, mais parce que, dans les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de Dieu (cf Lc 1:38), elle a accueilli la parole et l'a mise en pratique, elle a été inspirée dans son action par la charité et l'esprit de service: en résumé, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ. Tout cela a une valeur exemplaire universelle et permanente." (MCul 35)

RG Source
    http://www.smlm.org/manuel/CHAP39.html

© 2002-2017 www.smlm.org Tous droits réservés
Dernière mise à jour Montréal
Version pour
imprimante  Imprimer
Commentaires
Recommander
Menu