APPENDICE 4

La Légion Romaine

La Légion romaine fut probablement le corps de troupes le plus magnifique que le monde ait jamais connu. Le secret de sa force invincible résidait dans le merveilleux esprit de ses membres. Le soldat devait fondre sa personnalité dans celle de la Légion à laquelle il appartenait. On exigeait de lui une obéissance " ad nutum" c'est-à-dire au doigt et à l'oeil aux ordres donnés, une soumission entière au moindre signe de l'autorité, sans égard aux mérites du chef ni aux goûts personnels du soldat. Il était interdit de murmurer ou de manifester du mécontentement, soit en paroles, soit en actes, quant une promotion désirée n'était pas obtenue. Mûs par un idéal commun, tous marchaient comme un seul homme; chefs et subalternes étaient étroitement unis. Épaule contre épaule, côte à côte, ils parcouraient le monde pour assurer l'ordre; partout ils soutenaient le prestige de Rome et de la loi romaine. À l'attaque, leur dévouement les rendait irrésistibles; leur courage indomptable et leur ténacité acharnée usaient l'ennemi, le forçaient à capituler ou à fuir. Ils étaient les avant-postes de l'Empire; sur eux retombait le dur labeur de maintenir les frontières intactes. Quelle meilleure illustration de leur inébranlable héroïsme que ce centurion romain retrouvé debout à son poste sous les décombres de Pompéi; que la fameuse Légion thébaine massacrée pour sa foi, avec ses généraux les saints Maurice, Exupère et Candide, pendant la persécution de Maximin!

L'esprit de la Légion romaine était caractérisé par la soumission à l'autorité, le sentiment du devoir, la constance en face des difficultés, l'endurance dans les privations, la fidélité à la cause jusque dans l'exécution des moindres détails de la tâche.

Tel était l'idéal païen du service militaire. Cette virilité doit être aussi l'apanage des Légionnaires de Marie, mais surnaturalisée, trempée, et adoucie au contact de celle qui mieux que personne, sait enseigner le secret de servir avec amour et bonté.

" Le centurion qui regardait, en face de la Croix, le Crucifié mourir, fut remué par le cri qu'il avait poussé avant de rendre l'âme, et il glorifia Dieu en disant: 'Vraiment, cet homme était fils de Dieu'. (Mc 15:39) " Quant au centurion et aux hommes qui étaient avec lui, gardant Jésus, à la vue du séisme, et de tout ce qui passait, ils furent saisis d'une grande frayeur et dirent: 'Vraiment celui-ci était fils de Dieu'. (Mt 27:54)

Les soldats de l'armée romaine furent ainsi les premiers à se convertir.

L'Église de l'avenir qui devait s'appeler l'Église romaine, commençait d'une façon toute mystérieuse, autour du Calvaire, la fonction qu'elle allait avoir à accomplir dans le monde. Ce sont les Romains qui offrirent la Victime et qui l'élevèrent aux yeux de la multitude. Ces gardiens futurs de l'unité de l'Église refusèrent de déchirer la tunique de Jésus. Ces dépositaires de la foi écriront les premiers et maintiendront le principal dogme de la foi nouvelle -- la royauté du Nazaréen. Ils se frapperont la poitrine dès que le sacrifice sera consommé, disant: 'Celui-là était vraiment fils de Dieu'. Enfin avec le même fer qui devait ouvrir à l'Évangile tous les chemins de l'univers, ils ouvriront le Sacré Coeur du Maître, d'où jailliront des fleuves de bénédictions et de vie surnaturelle. Puisque toute l'humanité est coupable de la mort du Rédempteur, puisque tous ont trempé leurs mains dans son sang et que l'Église future ne pouvait par conséquent être représentée que par des coupables, ne semble-t-il pas que les Romains, dès le Calvaire, inauguraient, justifiaient bien qu'inconsciemment, leur immortelle destinée?

La croix avait été plantée de telle sorte que Jésus tournait le dos à Jérusalem, tandis que sa face regardait l'Occident, du côté de la Ville éternelle." (Bolo: La Tragédie du Calvaire)