31
EXTENSION ET RECRUTEMENT
1 L'obligation de travailler à l'extension de la Légion n'est pas restreinte aux seuls conseils supérieurs ni aux seuls officiers des Curiae. Elle incombe à chaque membre de la Curia. Pour mieux dire, elle incombe à chaque légionnaire en particulier, et chacun doit être amené à prendre conscience de ce fait et à rendre compte de temps à autre de son intendance. Un moyen évident de remplir ce devoir, c'est d'influencer les autres, soit dans une entrevue ou par correspondance; mais des moyens spéciaux se présenteront d'eux-mêmes à chacun.
Si de nombreux centres pouvaient communiquer leur immense désir de voir s'étendre la Légion, celle-ci existerait bientôt partout et les ouvriers afflueraient pour travailler dans les champs du Maître de la moisson. (Lc 10:2) Par conséquent, il importe au plus haut point d'attirer fréquemment l'attention des légionnaires sur l'importance de l'extension et du recrutement, afin que chacun acquière une conscience aiguë de ses obligations à cet égard.
2. Un groupe légionnaire actif sera la source d'un bien considérable. Comme on peut supposer que ce bien doublerait, si chaque groupe se préoccupait de la fondation d'un nouveau groupe, chaque membre (et non pas uniquement les officiers) devrait donc s'efforcer de réaliser ce but désirable.
Dès qu'on se voit dans l'obligation d'abréger régulièrement les comptes rendus individuels et d'autres détails de l'ordre du jour, afin de terminer la réunion à l'heure fixée, on doit en conclure qu'on a atteint la limite où le dédoublement est non seulement désirable, mais nécessaire. Si l'on temporise, un état de stagnation s'établira dans lequel l'intérêt pour le travail diminuera, et le nombre des membres fléchira. Le praesidium, non seulement perdra sa capacité de transmettre la vie à un autre groupe, mais il trouvera difficile de conserver sa propre existence.
À la proposition de former un nouveau praesidium dans une localité particulière, on peut objecter que l'effectif des membres actuels répond avec satisfaction aux besoins du moment. Contre cette objection, on doit souligner que le premier but de la Légion est la sanctification personnelle de ses membres et par le moyen de cette sanctification, de la plus grand communauté; logiquement, que l'accroissement du nombre de ses membres, pour cette seule raison, doit être aussi un de ses buts principaux. Il se peut qu'en certaines localités peu étendues on trouve difficilement du travail pour les nouveaux membres. Même alors, il ne faut pas craindre d'accepter, voire même de rechercher de nouvelles recrues. La Légion ne doit jamais penser en termes de limitation; des sujets supérieurs à ceux qui sont déjà dans ses rangs pourraient ainsi en être exclus. Quand les besoins les plus évidents ont été satisfaits, il faut regarder plus profondément. Le travail est nécessaire pour que la machine fonctionne. Par conséquent, il faut le découvrir, et il est là.
Dans les lieux où la Légion existe déjà, on devrait s'efforcer de procurer au nouveau groupe les officiers dont il a besoin et un nombre suffisant de nouveaux membres en les choisissant dans un groupe déjà existant. Les praesidia devraient considérer comme le plus grand honneur de fournir ce qu'ils ont de meilleur pour la formation d'un nouveau praesidium. C'est la forme d'émondage la plus saine. Un praesidium diminué par un tel don de ses membres trouvera rapidement ses rangs reformés, et son apostolat soutenu par un surcroît de bénédiction.
Dans les villes et les localités où il n'existe aucun groupe de légionnaires, il ne sera peut-être pas possible de s'assurer déjà l'aide de membres ayant une expérience légionnaire, auquel cas les fondateurs du nouveau praesidium s'appliqueront avec encore plus d'assiduité à l'étude du manuel et des commentaires qui pourraient être disponibles sur le manuel.
Lorsqu'on établit le premier praesidium dans un nouvel endroit, il est bon de varier les travaux autant qu'il se peut. Les réunions n'en seront que plus intéressantes et favoriseront la santé du praesidium. De plus, celui-ci pourra ainsi fournir aux membres l'occasion d'exercer la variété de leurs talents et de leurs goûts.
3. Un mot d'avertissement est nécessaire concernant le recrutement des membres. Il existe un réel danger, celui de rendre trop rigoureuses les conditions d'admission. Force est d'admettre que la norme de vie de ceux qui sont membres depuis un certain temps sera plus élevée que la norme générale. On doit en tenir compte, en considérant la perspective de nouveaux membres. Il serait incorrect d'exiger d'une nouvelle recrue une norme de vie que les membres existants n'ont atteinte qu'après des années dans la Légion
Il est fréquent de voir les praesidia s'excuser du petit nombre de leurs recrues en alléguant la rareté des sujets valables; mais en examinant de près toutes les circonstances, il est rare que cette explication se trouve justifiée. Presque invariablement, la faute incombe au praesidium lui-même.
Soit:-
(a) Que nul effort sérieux ne se fait en vue du recrutement; ce qui implique de la part des légionnaires une négligence du devoir à la fois individuelle et collective;
soit
(b) Que le praesidium commet l'erreur d'imposer aux recrues possibles des épreuves si sévères qu'elles auraient éliminé la plupart des membres des débuts ou du temps présent.
Les responsables objectent qu'ils ne peuvent pas courir le risque d'ouvrir leurs rangs à des sujets qui ne conviennent pas. Cependant ils ne peuvent non plus refuser les avantages de la qualité de membres à tous, sauf à quelques-uns. S'il faut choisir entre le rigorisme et le laxisme, il vaut mieux rejeter le premier, comme étant le plus grand mal, car il tue l'apostolat laïc, faute d'ouvriers. Le second, n'occasionne que des erreurs, faciles à réparer.
Le praesidium s'en tiendra donc au juste milieu, mais il est inévitable qu'il ait à faire face à certains éléments de risque. Le seul véritable moyen de s'assurer si les sujets conviennent ou non, c'est de les voir à l'oeuvre. La seule garantie c'est que, si quelqu'un entre sans les qualités requises, il sortira très vite des rangs, sous le poids du travail.
Qui a jamais entendu dire qu'on avait renoncé à lever une armée sous prétexte que des incapables pourraient s'y glisser? Le système militaire existe précisément pour la formation et le perfectionnement de matériel humain aux aptitudes moyennes et cela, en quantité. Il en va de même pour la Légion de Marie, qui étant une armée, doit viser à obtenir un nombre respectable de membres.
Elle doit évidemment avoir ses conditions d'admission; mais ces épreuves ne doivent pas être telles que des sujets valables, de qualité moyenne, ne puissent les subir avec succès. L'organisation spirituelle précisément si serrée de la Légion a pour but de former et discipliner des personnes qui ont besoin de formation et de discipline et non pas des surhommes. Ce serait une erreur de n'admettre que des types d'individus d'une sainteté et d'une discrétion si parfaites, qu'ils ne sauraient aucunement représenter le commun des laïcs.
Pour résumer, par conséquent, ce qu'il faut regretter, c'est moins la rareté des sujets capables d'être légionnaires, que la rareté de ceux qui consentent à en assumer le fardeau. Cette remarque amène les considérations suivantes:
(c) Des personnes aptes à se joindre à nous, peuvent en être détournées parce que l'atmosphère du praesidium leur paraît excessivement sérieuse ou rigide, ou peu sympathique pour quelque autre raison.
La Légion ne restreint pas la qualité de membre aux jeunes uniquement mais elle doit les rechercher d'une manière spéciale et satisfaire leurs légitimes aspirations. Si la Légion ne les attire pas, elle manque grandement son but, car tout mouvement qui n'attire pas la jeunesse n'exercera jamais une vaste influence. De plus, la jeunesse est la clé de l'avenir. Il importe donc de comprendre ses goûts raisonnables et d'en tenir compte. On ne doit pas empêcher l'entrée de la Légion à des jeunes, intelligents, généreux, enthousiastes, en imposant des normes qui leur sont inappropriées, ou qui ne sont rien d'autre que des rabat-joie.
(d) L'excuse habituelle: " Je n'ai pas le temps" , est sans doute fondée. La plupart des gens sont occupés à plein temps. Toutefois ce n'est pas à des activités religieuses, celles-ci sont au dernier rang de leurs préoccupations. Aussi ferait-on un bien de valeur d'éternité à ces personnes, en leur faisant comprendre qu'elles vivent selon une échelle de valeur erronée. L'apostolat devrait être leur priorité, de telle sorte que certaines autres choses devraient lui céder la place.
" Une loi primordiale pour toute famille religieuse est de se perpétuer, d'étendre son action apostolique à travers le monde, et, d'atteindre le plus grand nombre possible d'âmes. 'Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre.' (Gn 1:28) Cette loi de vie s'impose comme un devoir à quiconque devient membre de la Société. Cette loi, le Père Chaminade l'a formulée en ces termes:- 'Il faut faire des conquêtes à la Sainte Vierge, faire comprendre à ceux avec qui nous vivons combien il est doux d'appartenir à Marie, en entraîner un grand nombre dans notre marche'" (Petit Traité de Mariologie Marianiste)